Fleuron de la librairie indépendante, Mollat fête ses 120 ans

Par @Culturebox
Publié le 25/01/2016 à 10H46
Michel Houellebecq vient faire des signatures à la ibrairie Mollat en 2010.

Michel Houellebecq vient faire des signatures à la ibrairie Mollat en 2010.

© Fabien Cottereau/PHOTOPQR/SUD OUEST

C'est une institution en plein coeur historique de Bordeaux : Mollat, première librairie indépendante de France, fête cette année ses 120 ans, un succès porté par le souci permanent de "créer l'envie" de lire.

Les chiffres feraient pâlir d'envie n'importe quel libraire : 1,9 million d'ouvrages vendus chaque année, 180.000 références, 310.000 livres en magasin, 190.000 abonnés à la lettre de la librairie, 15.000 fans sur Facebook... La  centenaire affiche une santé éclatante.

Une affaire de famille

"Ce qui est irremplaçable, la valeur ajoutée, ce sont les libraires", livre sans détours Denis Mollat, 62 ans, PDG et arrière-petit fils du fondateur de la librairie, classée au premier rang des indépendantes (24,9 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014) par la revue professionnelle Livres Hebdo.
Denis Mollat en 2004.

Denis Mollat en 2004.

© Laurent THEILLET/PHOTOPQR/SUD OUEST

Car, depuis 1896, date de la reprise par Albert Mollat d'une librairie tenue par son cousin, à quelques encablures du magasin actuel, l'entreprise est restée une affaire de famille, passant de Jean et Albert à William, Francine et  aujourd'hui Denis. Ce dernier, après des études de médecine, ne se destinait pourtant pas à reprendre l'affaire installée depuis 1928 rue Porte-Dijeaux, à l'emplacement d'une maison où vécut le philosophe Montesquieu (1689-1755). Mais, seul  héritier, il finit en 1989 par prendre les rênes de la librairie, qu'il n'a  jamais cessé depuis d'agrandir (2.700 m2) et de moderniser.

"La librairie, c'est un lieu de vie"

"Avant, il y avait une manière un peu antique et solennelle de vendre des livres. Or, la librairie n'est pas un lieu sacré, mais un lieu de vie", expose le chef d'entreprise, féru de nouvelles technologies, qui n'oublie pas que la librairie est "un commerce". Fluidité de la circulation des clients parmi la quinzaine de rayons, tous en rez-de-chaussée ; valorisation de la vingtaine de vitrines ; service dédié aux expéditions : tout est minutieusement calculé. Mais, au final, chez Mollat, ce  sont les 55 libraires spécialisés, sur 110 salariés, qui restent au coeur de l'activité.

"Il y a à la fois une grande responsabilité et une grande liberté laissées aux libraires", explique Pierre Coutelle, jeune responsable du pôle Littérature et Sciences humaines, arrivé il y a cinq ans. "Tous les libraires achètent, même ceux qui viennent d'arriver, mais ils doivent aussi savoir vendre et  mettre en scène leur catalogue", dit-il.

Les lectures et les conseils, secrets de la réussite

Il y a bien sûr les classiques étals "coups de coeur" ou les commentaires épinglés sur les couvertures, mais aussi les critiques postées sur le site internet, les partenariats avec les étudiants, les ateliers pour enfants, plus de 2.000 podcasts d'entretiens ou de conférences d'auteurs mis en ligne, des milliers de vidéos filmées et montées par les libraires eux-mêmes...

"Les libraires font un énorme travail de lecture et de conseils. Et nous  avons sans arrêt des projets. Il faut être là où le client ne nous attend pas",  souligne Pierre Coutelle. "Avec 200 évènements culturels par an, c'est un service rendu à nos clients. Et pour les libraires, c'est du plaisir",  poursuit-il.

Une formule qui porte ses fruits. La vénérable maison peut se targuer d'avoir résisté aux violents coups de boutoir de la concurrence. Virgin, installé tout près en 1990, a fermé ses portes il y a trois ans. Quant à la  Fnac, ouverte en 1985, son rayon livres est réduit à la portion congrue.

Incontournable touristique 

Aujourd'hui, Mollat qui profite de la présence dans la ville de 60.000 étudiants, talonne même la librairie parisienne Gibert Jeune Rive Gauche (25  millions de chiffre d'affaires), du groupe Gibert Jeune, en plein Quartier latin. Du côté des clients, le plaisir est unanime: "Une énorme librairie, mais  sympathique et conviviale", se félicite Anne-Cécile, 36 ans. "On a l'impression que les libraires ont lu tous les livres !", s'étonne Sylviane.

Incontournable à Bordeaux, la librairie fait même partie du "tour touristique bordelais". "Les Bordelais se la sont appropriée", se réjouit Denis Mollat qui annonce pour l'automne l'ouverture, à proximité, d'un lieu culturel. Un nouveau défi pour un homme qui dit avoir "toujours peur de s'ennuyer".