Edouard Louis : confusion au tribunal sur Reda, le violeur présumé du romancier

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/03/2016 à 16H51, publié le 18/03/2016 à 15H25
L'écrivain Edouard Louis en janvier 2016

L'écrivain Edouard Louis en janvier 2016

© JOEL SAGET / AFP

"Qui est votre client ?" a demandé le juge vendredi aux deux avocats du violeur présumé d'Edouard Louis. L'identité de "Reda", au sujet duquel règne une certaine confusion, a été au coeur vendredi de l'audience consacrée à l'assignation de l'écrivain pour atteinte à la présomption d'innocence par cet homme. Jusqu'à prendre un tour franchement cocasse.

"Reda", "Reza", ou "Monsieur R.B." ?

"La première question que je mets dans les débats c'est: qui est le demandeur? Qui est votre client? Qu'a-t-il à voir avec la personne mise en détention (dans le cadre de l'enquête sur le viol de 
l'écrivain Edouard Louis, NDLR)? Quelle pièce produisez-vous?"

Le juge Alain Bourla, sans jamais se départir d'un calme un rien narquois, assaille de questions les avocats de "Reda" de celui qu'Edouard Louis appelle "Reda" dans son récent ouvrage "Histoire de la violence".

Et de souligner que c'est bien un "Reda" alias "Reza", de nationalité marocaine, qui est détenu dans le cadre de l'enquête sur le viol d'Edouard Louis, raconté sans son livre.

Mais que c'est un homme portant un autre nom, un "Monsieur R. B.", de nationalité algérienne, qui attaque Edouard Louis pour atteinte à la présomption d'innocence et à la vie privée.

Cette identité-là, c'est la bonne, "la vraie", assurent Thomas Ricard et Matthieu de Valois, avocats du plaignant, qui est en prison depuis janvier et a caché son vrai nom à la police parce qu'il est en situation irrégulière.

Le juge, saisi au civil et en référé, a estimé que cette confusion posait la question de la recevabilité de la démarche de "Reda", qui demande notamment l'inclusion d'un encart dans les exemplaires du roman déjà publiés, ainsi que 50.000 euros.

Malgré ses identités multiples, le plaignant estime être reconnaissable dans le roman

Les avocats de l'écrivain, qui pas plus que "Reda" n'était présent, ainsi que de son éditeur, le Seuil, se sont engouffrés dans la brèche. "Dans le dossier pénal et dans le dossier civil vous avez cinq identités différentes", a souligné Me Emmanuel Pierrat, qui défend Edouard Louis.

"Est-ce qu'on peut rendre identifiable par un livre un homme dont même les avocats ne connaissent pas la véritable identité?", a-t-il ironisé.

"Reda" estime que l'ouvrage d'Edouard Louis, vendu à 80.000 exemplaires, permet de le reconnaître en livrant des détails sur son âge, son physique, son homosexualité, ses habitudes, sa fréquentation d'un quartier, sa famille...

Il estime surtout qu'avec ce livre, qui décrit en détail une tentative  d'étranglement et un viol, il se retrouve "condamné avant d'être jugé", explique Me de Valois.

Mais pour la défense, impossible en partant du livre d'identifier le jeune homme brun "à fossettes" d'origine maghrébine qu'Edouard Louis emmène chez lui, avec qui il fait l'amour, avant d'être agressé très violemment quand il s'aperçoit que son amant vient de dérober son iPad.
 
Me Pierrat souligne que rien qu'en 2015, 2.633 Reda sont nés en France. Et martèle que c'est l'ADN, et non le livre, qui a permis de confondre un suspect.

L'identité, matière première de l'oeuvre de l'écrivain

L'identité vraie ou fausse, choisie ou subie, voilà qui fait écho à la vie  de l'écrivain, qui en a fait la matière de son oeuvre.

Révélé en 2014 par "En finir avec Eddy Bellegueule", vendu à 300.000 exemplaires, Edouard Louis y relatait sa rupture avec son milieu d'origine, une famille modeste du Nord de la France. Depuis, il a fait changer son nom de naissance, "Eddy Bellegueule", en "Edouard Louis".