Décès de François Maspero, éditeur engagé

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/04/2015 à 15H37, publié le 13/04/2015 à 10H37
François Maspero le 13 juillet 1967, lors d'une conférence de presse donnée par la délégation envoyée par le comité pour la défense de Régis Debray, compagnon du Che emprisonné en Bolivie

François Maspero le 13 juillet 1967, lors d'une conférence de presse donnée par la délégation envoyée par le comité pour la défense de Régis Debray, compagnon du Che emprisonné en Bolivie

© AFP

L'éditeur François Maspero, également libraire, traducteur et écrivain connu pour son engagement à gauche, est mort samedi à l'âge de 83 ans. Il a été trouvé mort à son domicile.

Selon Mediapart, l'intellectuel est "mort chez lui" et a été "découvert dimanche mort dans sa baignoire".
 
Avant de publier des livres, François Maspero avait été libraire : il avait ouvert en 1955 au Quartier latin une librairie qui était un haut lieu de la culture contestataire. "La Joie de lire" était le rendez-vous de toute la jeunesse d'extrême gauche, où certains n'hésitaient pas à voler des livres, sachants qu'ils ne seraient pas poursuivis. 

En 1959, en pleine Guerre d'Algérie, le libraire fonde les Editions Maspero, qui deviendront les Editions La Découverte quand il les quittera. Il y publie les classiques du marxisme, les leaders du tiers monde ainsi que des textes contre le colonialisme, de Rosa Luxemburg ou Léon Trotsky à Che Guevara, de Frantz Fanon à Régis Debray.
 
Maspero a aussi publié le best-seller "Libres Enfants de Summerhill" (1970), d'Alexander Sutherland Neill.  "Quand je regarde le catalogue des éditions, disait-il, je me dis que je  peux être satisfait", disait cet homme
 
Un éditeur devenu écrivain
 
Certaines publications sont interdites et lui valent de nombreux ennuis  judiciaires : fortes amendes, prison et suppression de ses droits civiques. En difficulté, il est contraint de vendre la librairie mais la maison d'édition est conservée grâce à la mobilisation et le soutien financier d'auteurs et de lecteurs.

 "J'ai beaucoup vécu par les autres. Sans eux, les auteurs, les amis, les militants, rien n'aurait été possible", assurait cet intellectuel discret qui a longtemps gardé une allure de jeune homme, à la silhouette déliée.

Dans les années 1960-1970, François Maspero publie aussi deux revues, "La revue des partisans" (où Georges Perec a publié ses premiers textes) et  "L'Alternative", qui donne la parole aux dissidents de l'Est.
 
En 1982, François Maspero quitte l'édition, passant la main à François Gèze. Un moment difficile où il se retrouve sans rien et où sa vie manque de basculer : accident de moto, tentative de suicide. Il se consacre alors à l'écriture.
 
Une enfance marquée par la guerre
 
Il a publié, au total, une quinzaine de livres, romans et reportages sur son enfance, la banlieue, les Balkans, l'Algérie, Gaza etc.  Parallèlement, il fait des reportages pour Radio France et Le Monde et traduit  des auteurs comme John Reed, Francesco Biamonti, Alvaro Mutis, Arturo Perez  Reverte, Carlos Ruiz Zafon et Joseph Conrad.
 
L'enfance de François Maspero, né en 1932 à Paris dans une famille d'intellectuels, a été fortement marquée par la guerre. François Maspero était le petit-fils de l'égyptologue Gaston Maspero et le fils d'Henri Maspero, sinologue et professeur au Collège de France, déporté et mort au camp de Buchenwald. Son frère, résistant, est mort au combat et sa mère était une survivante du camp de Ravensbrück. Une histoire qui a inspiré son premier roman, "Le Sourire du chat", publié en 1984.

L'an dernier, Yves Campagna et Jean-François Raynaud avaient réalisé un film-portrait de François Maspero, "nous invit(ant) à marcher avec lui sur les chemins des paysages humains et de la liberté".

"François, il a tout fait, dans les livres. Il les a vendus, il les a édités, il les a traduits, il a tout lu et il a écrit", résume dans le film l'intellectuel franco-argentin Miguel Benasayag.

Jack Lang : "François Maspero, c'est une légende"
"François Maspero, Les Chemins de la liberté", la bande-annonce
"C'est une grande figure de la littérature engagée, un immense intellectuel qui disparaît. Avec lui, l'édition politique perd un de ses symboles", a réagi dans un communiqué la ministre de la Culture Fleur Pellerin.

"François Maspero, c'est plus qu'un éditeur, c'est plus qu'un écrivain. François Maspero c'est une légende qui incarne les vertus d'un engagement profond et radical", a de son côté réagi le président de l'Institut du monde arabe et ex-ministre de la Culture, Jack Lang.