Cycle fantastique français à la Cinémathèque

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 20/04/2012 à 16H12
"Labyrinthe" (1970), film d'animation de Piotr Kamler

"Labyrinthe" (1970), film d'animation de Piotr Kamler

© IFP - International Film Promotion, ORTF

La Cinémathèque française, à Paris, a ouvert le 18 avril un cycle de films fantastiques français qui se déroule jusqu’au 18 mai. De 1898 à 1982, c’est tout un pan de notre cinéma national qui refait surface, méconnu, sinon ignoré, voire méprisé, alors qu’il est habité d’œuvres souvent étonnantes, curieuses et poétiques.

Je t’aime moi non-plus
Il est commun de constater que le cinéma fantastique n’est pas privilégié en France. C’est d’ailleurs le lot du cinéma de genre au sens large, hormis le polar et la comédie. Souvent identifié à des studios anglo-saxons, Universal aux Etats-Unis et Hammer Films en Grande Bretagne, le fantastique a pourtant des racines françaises très profondes.

L'Ecrin du Rajah (1906 - Gaston Velle) :

Comment ignorer les nouvelles ou romans fantastiques de Théophile Gautier, Maupassant, Balzac, Gaston Leroux ? Le père de la science-fiction qu’est Jules Verne au côté du britannique H. G. Welles ? Et pour le cinéma, l’inventeur du genre dans le septième art qu’est Georges Méliès ?

"L'Ecran du Rajah" (1906) de Gaston Velle

"L'Ecran du Rajah" (1906) de Gaston Velle

© Pathé Frères

Taxée de cartésienne, la France n’aurait que faire des billevesées fantasques. Souvent méprisé par la critique, c’est pourtant ici qu’est née une presse exclusivement consacrée au genre, avec la mythique revue Midi-Minuit Fantastique de 1962 à 1970, qui, depuis, a fait bien des petits en France (L’Ecran fantastique, Mad Movies) comme dans le monde.

La french touch
Si Méliès est reconnu comme l’inventeur de la mise en scène cinématographique, du premier studio de cinéma et du cinéma fantastique, la rétrospective de la cinémathèque ne comprend aucun de ses films. Il faut dire qu’ils font régulièrement l’objet de projections, les organisateur ayant préféré, à raison, privilégier des cinéastes moins connus, comme Gaston Velle, Albert Capeliani, ou Edouard-Emile Violet, sans oublié l’immense Louis Feuillade, ce, pour la partie muette de ce cycle.

"Le Manoir de la peur" (1927) d'Alfred Machin

"Le Manoir de la peur" (1927) d'Alfred Machin

© Films Alfred Machin

Le genre n’a jamais quitté la production nationale depuis, avec une teinte toute particulière. Si Hollywood et Londres ont réalisé pléthore d’adaptations de Dracula, Frankenstein, et projeté nombre de loups-garous, momies et autres extraterrestres sur les écrans, le fantastique français s’est orienté vers le merveilleux, l’onirisme, ses concessions aux thèmes classiques se limitant aux fantômes et sorcières.

Il y a bien les vampires de Jean Rollin dans les années 70 (« La Vampire nue », « Le Frisson du vampire », « Requiem pour un vampire »…), mais ils se limitent à ce seul cinéaste, dont les films relèvent de la catégorie « Z », teintés d’érotisme, mais aussi de poésie, alors que Rollin était un véritable passionné du genre et un érudit. Dommage de la rétrospective de la cinémathèque ne projette aucun de ses films, puisqu’il a été longtemps le seul cinéaste français à se consacrer exclusivement au fantastique. Problèmes de droits sans doute.

Montage d'extraits de films de Jean Rollin :

Diversité spécifique
La programmation, fondée sur les collections des Archives française du film du CNC, n’ignore toutefois pas les films des années 70, comme « Midi Minuit » (1970) de Pierre-Philippe ou « La Goulve » (1972 de Bépi Fontana et Mario Mercier. En 1982, Jean-Pierre Mocky remportait le Grand prix du festival d’Avoriaz, avec « Litan », où jouait Marie-Josée Nat, et que le cinéaste viendra présenter le 13 mai.

Daniel Emitfork dans "Midi Minuit" (1970) de Pierre Philippe

Daniel Emitfork dans "Midi Minuit" (1970) de Pierre Philippe

© Albertine Films

Plus en amont dans le temps, Jean Renoir s’est même essayé au genre, avec une adaptation détournée du « Dr. Jekyll et Mr. Hyde » de Stevenson « Le Testament du Dr. Cordelier » (réalisé pour la télévision en 1961), avec Jean-Louis Barrault. Julien Duvivier réalisait en 1940 « La Charrette fantôme », inspiré de la légende bretonne de l’Ankou, avec Pierre Fresnay et Louis Jouvet. Jean Cocteau, qui déclarait en 1959  "Vive la jeune muse Cinéma car elle possède le mystère du rêve et permet de rendre l'irréalité réaliste", abordera le genre, notamment dans « Orphée » et « Le Testament d’Orphée…

Bande-annonce de "La Charrette fantôme" (1940) de Julien Duvivier :

Programmé par thèmes - Animation fantastique, Contes, Fées et créatures surnaturelles, Revenant et fantômes, Savants fous et personnages maléfiques, Sorciers et sorcières…, ce cycle consacré au Cinéma fantastique français déterre des œuvres rares et peu diffusées. Bien évidemment non exhaustif, il rend toutefois compte de la diversité d’une approche spécifique du genre, unique dans le paysage cinématographique mondial.

Toute la programmation et présentation du cycle

Le Cinéma fantastique français
Cinématgèque française
Du 18 avril au 18 mai 2012
51, rue de Bercy - Paris 12è
M° Bercy Lignes 14 et 6
Fermeture le mardi