Casanova se déshabille à la BNF !

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 17/11/2011 à 22H31
Pietro Longhi, IL Ridotto,  Huile sur toile

Pietro Longhi, IL Ridotto, Huile sur toile

© c Veneziz, Fondazione Querini Stampalia

N’en déplaise aux vierges effarouchées, Casanova (1725-1798), l’extraordinaire aventurier du plaisir, grand culbuteur devant l’éternel est aussi un excellent écrivain. Et miracle, le manuscrit de ses mémoires qui a connu les mêmes tribulations que son auteur, est aujourd’hui devenu propriété de la Bibliothèque Nationale de France. C'est le cadeau à 7 millions d’euros, d’un mécène anonyme. Du souffre, du mystère…tous les ingrédients d’une très belle exposition

Entrez Mesdames et Messieurs et revivez ce siècle d’ombre et de lumière (le XVIIIe) traversé et marqué par un homme à l’énergie insatiable : le vénitien Giacomo Casanova.
Un parcours d'exposition construit comme une pièce en dix actes, à l’image des 10 livres du manuscrit « Histoire de ma vie ». A chaque étape des objets, des peintures, des extraits de films et les propres mots de Casanova en fond sonore, célèbrent les sens et la vie, comme un éternel festin.

Les tribulations d'un manuscrit très convoité

Il faudrait un autre roman pour conter les tribulations de ce manuscrit, écrit pour lutter contre la dépression de la vieillesse lorsque que Casanova devient bibliothécaire au château de Dux en Bohême, en 1789. Un manuscrit qui pour finir, après avoir voyagé de mains en mains à travers l’Europe a failli brûler sous les bombes anglaises à Leipzig en 1945. Entre temps des âmes prudes étaient passées par là. On ne connaissait donc qu’un texte expurgé, dénaturé. L’original sera enfin publié en 1960.

Dès sa préface, Casanova donne le ton :

« Cultiver les plaisir de mes sens fut dans toute ma vie ma principale affaire; je n’en ai jamais eu de plus importante. Me sentant né pour le sexe différent du mien, je l’ai toujours aimé, et je m’en suis fait aimer tant que j’ai pu ».

Giacomo Casanova,  préface d’Histoire de ma vie

Giacomo Casanova, préface d’Histoire de ma vie

© BnF, département des Manuscrits

"Quand on le lit, on à l'impression de l'entendre parler."

Des pages manuscrites comme celles là, l’exposition de la BNF en montre plusieurs sous de beaux éclairages. Comme le note Chantal Thomas, commissaire de l’exposition :

"Quand on lit Casanova, on a l’impression de l’entendre parler. Ce qu’il a de merveilleux comme écrivain, c’est le rythme, c’est la manière de camper les personnages, la manière d’enchainer les épisodes, de savoir ménager les effets et aussi une intelligence profonde sur ce qu'est traverser une existence, quel est le ressort d’une vie : lui c’est la quête du plaisir.

Casanova raccompagne en calèche une jeune mariée, un orage éclate, écoutons le :

" Les chevaux se cambrent, et ma pauvre dame est prise par des convulsions spasmodiques. Elle se jette sur moi, me serrant étroitement entre ses bras. Je m’incline pour ramasser le manteau qui était tombé à nos pieds, et en le ramassant je prends ses jupes avec. Dans le moment qu’elle veut les rabaisser, une nouvelle foudre éclate, et la frayeur l’empêche de se mouvoir. Voulant remettre le manteau sur elle, je me l’approche, et elle tombe positivement sur moi qui rapidement la place à califourchon. Sa position ne pouvant pas être plus heureuse, je ne perds pas de temps, je m’y adapte dans un instant… et je remporte la plus complète victoire que jamais habile gladiateur ait remportée. […] En badinant sur l’aventure, et en lui baisant les mains, je lui ai dit que j’étais sûr de l’avoir guérie de la peur du tonnerre, mais qu’elle ne révélerait jamais à personne le secret qui avait opéré la guérison. Elle me répondit qu’elle était pour le moins très sûre que jamais femme n’avait été guérie par un pareil remède".

Gabriel Bella, La Festa del Giovedi Grasso in Piazzetta Huile sur toile

Gabriel Bella, La Festa del Giovedi Grasso in Piazzetta Huile sur toile

© © Venezia, Fondazione Querini Stampalia

"Avec Casanova, c'est le plaisir à deux et non pas la domination de l'un sur l'autre."

Avec Casanova, l’exposition nous fait voyager à travers l’Europe et jusqu’à ses confins, Moscou, Saint Pétersbourg. Il rencontre les grands esprits de ce Siècle des Lumières dont Rousseau et Voltaire. Il se passionne pour le théâtre, le jeu, les mathématiques ou la médecine.

A ne pas manquer pour mieux le comprendre, les gravures qui racontent combien Casanova était à l’aise aussi bien à Versailles où il rencontre Catherine de Russie que dans les tavernes, les auberges de bord de route, où il fréquentait les truands avec beaucoup de désinvolture.
Et puis le délicieux portrait de Manon Balletti qui fit battre son cœur. A côté, l’une des jolies lettres que Manon lui envoie « Sans vous, je suis un corps sans âme ».

"Casanova est un être très raffiné, subtil, tendre aussi. Il n’est pas du tout un grossier séducteur » glisse dans un sourire Bruno Racine le président de la BNF comme il parlerait d’un ami intime. « Ce qui frappe quand on lit ce livre qui n’a rien perdu de sa puissance érotique, c’est justement ce côté partagé. C’est toujours le coup de foudre réciproque, le plaisir à deux et non pas la domination de l’un sur l’autre. »

 

BnF François -Mitterrand 
Quai François-Mauriac. Paris XIIIe.
Du mardi au samedi 10h-19h. Dimanche 13h-19h.
Tèl 0892 684 694