Bob Dylan : des écrivains contestent son Nobel de Littérature

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/10/2016 à 19H23, publié le 13/10/2016 à 18H52
Bob Dylan au festival de l'île de Wight en 1969.

Bob Dylan au festival de l'île de Wight en 1969.

© Brian Moody / Rex Featu/REX/SIPA

L'attribution jeudi du Nobel de littérature au chanteur américain Bob Dylan a provoqué la stupéfaction chez certains auteurs. Alors que de grands écrivains comme Philip Roth ou Joyce Carol Oates attendent toujours d'être récompensés, ce Nobel attribué pour la première fois à un chanteur a suscité au minimum des questions sur la définition même de l'écrivain.

"Méprisant pour les écrivains" estime Pierre Assouline

Des commentaires ironiques ont fusé sur les réseaux sociaux. "Ainsi, l'Académie qui n'a jamais reconnu Jorge Luis Borges choisit Dylan...", dit l'un d'eux. D'autres imaginent voir à l'inverse l'écrivain Philip Roth recevoir un prochain Grammy, les récompenses suprêmes de la musique aux Etats-Unis.
 
"Le nom de Dylan a été souvent cité ces dernières années, mais ça a toujours été pris pour un canular", se souvient Pierre Assouline, écrivain membre de l'académie Goncourt, qui ne décolère pas contre le choix du jury Nobel.
 
"Lui attribuer le Nobel de littérature, c'est affligeant", a déclaré à l'AFP le romancier. "J'aime Dylan mais il n'a pas d'oeuvre. Je trouve que l'Académie suédoise se ridiculise. C'est méprisant pour les écrivains", assène-t-il.
 
L'écrivain écossais Irvine Welsh est du même avis. Sur son compte twitter, le romancier a estimé que le prix attribué à Dylan, 75 ans, était le choix de "vieux hippies baragouinant aux prostates rances".

Etre écrivain, qu'est-ce que c'est ?

L'attribution du Nobel à un "ménestrel" renvoie surtout à une question lancinante. Est-ce qu'être écrivain c'est seulement écrire des livres? La question, vieille comme la littérature, n'est pas tranchée.
 
Jouer avec la langue, susciter des émotions par les mots - ce que fait assurément Bob Dylan -, cela s'apparente aussi à la littérature, disent ceux qui défendent le choix de l'Académie suédoise.

Alain Mabanckou et Salman Rushdie applaudissent 

"Les puristes et autres râleurs crieront certainement au sacrilège, au dévoiement de l'esprit du Nobel, mais je suis heureux que la littérature soit aussi reconnue dans la Parole, au sens poétique de ce terme", réagit l'écrivain Alain Mabanckou, évidemment "satisfait" par ce Nobel. "Georges Brassens l'aurait mérité aussi", ajoute-t-il.

L'écrivain britannique Salman Rushdie, auteur du best-seller mondial "Les versets sataniques", qui figurait cette année parmi les candidats sérieux au prix Nobel, est du même avis. Il a estimé que Bob Dylan était "un super choix". "D'Orphée à Faiz, chanson et poésie ont toujours été intimement liées. Dylan est le brillant héritier de la tradition des bardes", a-t-il réagi sur Twitter, faisant référence au héros grec et au poète pakistanais Faiz Ahmed Faiz.

Sur Twitter, Stephen King s'est lui aussi félicité de cette attribution du Nobel à Dylan. "Je suis ravi", a-t-il écrit. "Une grande et bonne chose en cette saison de sordide et de tristesse."


La romancière américaine Joyce Carol Oates, pressentie plusieurs fois pour un Nobel de Littérature, a réagi avec fair-play en estimant dans le Wall street Journal qu'il s'agissait d'"un choix inspiré". Mais elle a estimé que les Beatles survivants auraient pu être distingués, car "leur musique est tout aussi significative, voire plus", que celle de Dylan. Elle a aussi espéré que "Bob Dylan profitera de l'occasion pour dire quelque chose de politique" en ces temps où la démocratie "semble vulnérable".

Le romancier Philippe Margotin, co-auteur d'une somme sur Bob Dylan ("Bob Dylan, la totale" au Chêne en 2015), considère l'auteur de "Like a Rolling Stone" comme "le grand poète vivant de l'Amérique du XXe siècle".
 
Selon le romancier, la culture littéraire de Dylan est indéniable. "Il a lu beaucoup d'auteurs français, Rimbaud en particulier, mais aussi, de l'autre côté de la Manche, le poète William Blake. Il a naturellement été inspiré par les poètes de la Beat Generation".

Certains critiques estiment quant à eux que les textes de Dylan sont souvent hermétiques et imperméables à toute interprétation.