Lyon-Turin : 8 mois de prison requis contre Erri de Luca pour "incitation au sabotage"

Par @Culturebox
Publié le 21/09/2015 à 12H17
L'écrivain Erri de Luca lors de son procès à Turin, le 21 septembre 2015

L'écrivain Erri de Luca lors de son procès à Turin, le 21 septembre 2015

© MARCO BERTORELLO / AFP

Le parquet a requis lundi huit mois de prison ferme contre l'écrivain italien Erri de Luca, jugé à Turin (nord-ouest de l'Italie) pour "incitation au sabotage" du chantier du tunnel ferroviaire Lyon-Turin.

En cas de condamnation, l'écrivain ne fera pas appel

Agé de 65 ans, l'écrivain encourt jusqu'à cinq ans de prison ferme. Il a déjà annoncé qu'il ne ferait pas appel en cas de condamnation. "Erri de Luca a bien utilisé le mot sabotage", a estimé le procureur Antonio Rinaudo, dans un réquisitoire énumérant les différentes "attaques" contre le chantier, en particulier celles suivant l'entretien de l'auteur avec plusieurs médias italiens en septembre 2013, dans lequel il y "incite" au sabotage au nom de l'inutilité du projet.

Lors de cette interview, Erri de Luca, longtemps militant d'extrême gauche, écologiste, prix Fémina en 2002 en France pour "Montedidio", avait confirmé son soutien sans faille au mouvement "No TAV" (Non au TGV), qui fait rage en Italie contre le projet de liaison rapide entre Lyon et Turin. "On ne peut invoquer la liberté d'expression dans ce cas", a lancé M.Rinaudo, arguant qu'il s'agissait d'un "discours public" prononcé dans un "contexte précis" et ayant conduit "à l'instigation à la violence", à des "actes concrets et illégaux". "En raison de sa notoriété internationale, ses paroles ont un poids déterminant et ses phrases une force suggestive", a-t-il insisté.

Un ouvrier blessé

A l'époque des faits, plus de 200 militaires étaient basés dans le Val de Suse, petite vallée alpine dont les habitants refusent le passage du Lyon-Turin, non pour "l'occuper, comme cela a été dit ou écrit, mais bien pour protéger le chantier", a rappelé le magistrat. Car en 2013, de nombreuses attaques, "nocturnes et de plus en plus violentes", ont eu lieu, endommageant du matériel et des engins de chantier. Un ouvrier a également été blessé.

L'audience devait se poursuivre lundi avec les plaidoiries de la partie civile, la société TELT (Tunnel Euralpin Lyon Turin), promoteur public chargé de la réalisation et de la gestion de la section transfrontalière, puis de la défense.

Le verdict devrait être mis en délibéré.