65e Festival de Cannes : mitigé, contrasté et fulgurant

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 27/05/2012 à 12H00
Les trois modèles de Palmes cannoises : la palme d'or, et les Prix d'interprétation féminine et masculine

Les trois modèles de Palmes cannoises : la palme d'or, et les Prix d'interprétation féminine et masculine

© CHOPARD/AFP

Le pire et le meilleur étaient au programme de cette 65e édition, comme tous les ans, avec cette année de grands écarts. Émergent de cette sélection canonise : « Amour » de Michael Haneke, « De rouille et d’os » de Jacques Audiard, « Holy Motors » de Leos Carax, « Vous n’avez encore rien vu » d’Alain Resnais et « Au-delà des collines » de Cristian Mungiu. Il ressort de ces favoris égrenés par tous les commentateurs, l’absence de film américain, alors qu’ils étaient six sur les 22 œuvres en lice.

"Amour" de Michael Haneke : notre Palme d'or

Les déceptions
A l’autre bout de la chaîne, les déceptions ont été nombreuses et cruels. En premier lieu, « Après la bataille » de l’Egyptien Yousry Nasrallah que l’on attendait sur la révolution égyptienne ; « Like Someone in Love » de Abbas Kiarostami qui filme vainement le Japon ; « Post Tenebras Lux » du Mexicain Carlos Reygadas à l’ésotérisme plombant ; « In Another Country » du Coréen Hong Sangsoo, trop formel ; « L’Ivresse de l’argent » du Coréen Im Sangsoo, beau mais plat, et le verbeux « Cosmopolis » de David Cronenberg qui a divisé les festivaliers.

On touchait le fond avec « PARADIS : amour » de l’Autrichien Ulrich Sedl, faux avatar de l’émission belge « Strip-tease » ; « Dans la brume » du Russe Sergei Loznitsa, a, lui, enterré son magnifique sujet sur une fausse justice populaire.

Entre deux-eaux
Entre ces extrêmes s’engouffre toute la sélection américaine. Avec une honnête adaptation de « Sur la route » d’après Kerouac et qui a révélé Kristen Stewart. « The Paperboy », un peu tordu, a remis sur les rails Nicole Kidman dans un formidable rôle à contre-emploi. « Cogan -  la mort en douce » s’est avéré un très bel exercice de mise en scène de la part d’Andrew Dominic.

Etonnante Nicole Kidman dans "Paperboy"

« Des hommes sans loi » fut un efficace thriller situé durant la prohibition qui renvoyait au nouvel Hollywood des 70’s. « Mud » a été l’excellente surprise de cette fin de festival avec son récit à la Mark Twain. Enfin, on l’oubli un peu vite, le film d’ouverture « Moonrise  Kingdom » de Wes Anderson demeure un beau film sur l’enfance à la mise en scène inventive.

On attendait plus mordant « La Chasse » de Thomas Vinterberg, mais la prestation de Mads Mikkelsen peut prétendre au Prix d'interprétation. Reste « Reality », le pamphlet doux-amer de l’Italien Matteo Garrone sur la téléréalité. Mais aussi l’éclat de rire de ce 65e festival, où les occasions de se dérider les zygomatiques furent rares, et que la critique à largement boudé, à tord : « La Part des anges » de Ken Loach.

Nos Palmes
Pour notre part, la Palme d’or va sans hésitation à « Amour » de Michael Haneke, film auquel nous décernons également le double prix d’interprétation féminine et masculine à Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant. Même si Marion Cotillard est formidable dans « De rouille et d’os » de Jacques Audiard, tout comme l’étonnant Matthias Schoenaerts ; tous deux mériteraient également de décrocher la timbale. Cotillard a été rappelée à Cannes, ce qui est de bon augure pour elle. Mais Nicole Kidman est aussi remarquable dans « Paperboy ».

Leos Carax inventif et egotique pour la mise en scène de "Holy Motors"

Le prix de la mise en scène, sans photo, serait justifié pour revenir à Leos Carax, dont la beauté excessive et inventive de « Holy Motors » tranche avec les autres concurrents. Mais la surprise pourrait venir d’Alain Resnais qui s’est lâché dans « Et vous n’avez encore rien vu ». Et pourquoi pas à Cristian Mungiu pour l'escèse de son "Au-delà des collines" ?

Le Prix du scénario serait largement mérité à "La Part des anges" de Ken Loach, pertinent sur la conjoncture et hillarant dans sa mise en situation et des dialogues hillarants : une perle.

On peut toutefois compter sur l’imprévisible et exigeant président du jury Nanni Moretti pour bousculer la donne. Le jury s'est retiré depuis ce matin 9h00 dans une villa "bunnkérisé" des hauteurs de Cannes. Résultat des courses à partir de 19h15.