Temps fort du Festival "Etonnants Voyageurs" : les printemps arabes

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 28/05/2012 à 14H15
L'écrivain égyptien Alaa El Aswany

L'écrivain égyptien Alaa El Aswany

© S.Jouve

Au festival Etonnants Voyageurs le visiteur ne semble jamais décontenancé par le foisonnement des propositions pour appréhender « le monde tel qu’il vient », selon les mots de son directeur, le généreux Michel Le Bris. Chacun semble guidé par son instinct et l’air du grand large, pour sélectionner livres, films, rencontres ou concerts.

Loin d'être déconnecté du monde, le festival fait écho à l’actualité. Au Palais du Grand Large il y a foule ce dimanche pour tenter de faire le point, un an après, sur les printemps arabes. Ce vent de liberté qui a soufflé dès janvier 2010 en Tunisie, en Egypte, puis en Libye, quelle en est la traduction politique, alors que la répression fait rage en Syrie, au Yémen, en Iran ? Deux écrivains, syrien et égyptien, pour un débat passionnant.

La poétesse syrienne Samar Yazbek, témoigne de la situation dans son pays (« Feux croisés » Ed Buchet-Chastel)

La poétesse syrienne Samar Yazbek

La poétesse syrienne Samar Yazbek

© S.Jouve

Samar Yazbek, romancière syrienne, appartient à la minorité alaouite, comme Bachar al-Assad et les cercles proches du pouvoir. Pourtant, dès les premières heures de la révolte populaire en mars 2011, elle choisit de rejoindre les rangs des contestataires.

La syrienne Samar Yazbek

La syrienne Samar Yazbek

© S.Jouve

« C’est une révolution populaire qui s’est tenue dans la rue, il ne s’agit pas d’une révolution d’élite. Le comportement de certains laisse à penser qu’il s’agit d’une révolution islamiste mais c’est une révolution populaire que l’élite a rejointe plus tard ».
Et Samar Yazbek de poursuivre « La proximité avec Israël rend la situation délicate en Syrie, La communauté internationale est complice avec le régime de Bachar El- Assad, je dirai même qu’il y a un complot international pour le maintenir en place. Je crois à cette révolution, je crois que ce régime finira par tomber ».

Le  plus célèbre des écrivains égyptiens contemporain,  Alaa El Aswany, auteur du best-seller « L’immeuble Yacoubian » (Acte Sud 2006) est là, devant nous 

L'écrivain égyptien, Alaa El Aswany

L'écrivain égyptien, Alaa El Aswany

© S.Jouve

Il nous a plongé au cœur de la révolution égyptienne à travers ses chroniques de la place Tahrir, rassemblées dans un recueil « Chroniques de la révolution égyptienne » (Acte Sud). Un document exceptionnel sur l’état de l’Egypte avant et pendant la révolution. Il est celui qui a prédit les 5 phases de la chute de Moubarak : le déni, le négationnisme, le test de la colère, le discours « je vous ai compris », l’avion.

El Aswany dénonce « L’utilisation de l’islam a des fins politiques par les frères musulmans et les salafistes, alors que pour les musulmans, c'est une religion comme les autres".

Je poursuis plus tard la conversation, en posant 3 questions à Alaa El Aswany :

L'égyptien Alaa El Aswany "Chroniques de la révolution égyptienne", Acte Sud

L'égyptien Alaa El Aswany "Chroniques de la révolution égyptienne", Acte Sud

© S.Jouve

-Vous aviez prédit les 5 phases de la chute de Moubarak, comment avez-vous fait?

« Je ne suis pas un professeur de science po, je suis romancier, j’essaye de rester avec les gens,  de suivre ce qui se passe dans la rue. Je pensais depuis longtemps qu’il y aurait une révolution, c’est le sentiment du romancier ».

-Vous partagez le « désenchantement » à propos de la révolution égyptienne ?
« Non il n’y a pas de déception, il y a des problèmes, car les militaires, le conseil militaire en fait a préservé le régime de Moubarak pendant 15 mois. Ils ont fait pression sur le peuple. A  un moment donné ils ont présenté le numéro 2 de Moubarak, comme le candidat qui allait trouver des solutions aux problèmes qui sont en fait tous fabriqués. Et ça ne peut pas marcher. Au 2e tour, il va perdre, j’en suis sûr, la révolution continue ».

-L’Egypte va-t-elle pouvoir trouver les voies de la Démocratie ?
« Je suis contrarié mais optimiste. La révolution prend du temps, c’est un changement très profond. Il ne s’agit pas seulement d’un bouleversement politique mais aussi d’un changement culturel, une nouvelle vision du monde. Dans toutes les révolutions, on a besoin de temps. »Le changement le plus important, c’est que les égyptiens n’aient plus peur et ça c’est irréversible. C’est quelque chose que le conseil militaire ne comprend pas. Il y a eu plus de 15 000 blessés. Le peuple va gagner. La révolution va gagner ».