L'enchanteur "Domaine des murmures" de Carole Martinez

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 13H39, publié le 22/05/2012 à 15H45
Carole Martinez

Carole Martinez

© C.Helie

Sélectionné dans la première liste Goncourt, comment le roman de Carole Martinez ne ravirait-il pas ses lecteurs ? Carole Martinez est invitée du Festival littéraire "Etonnants Voyageurs" de Saint Malo (du 26 au 28 mai 2012).

Cette histoire de recluse à qui remontent les bruits du monde a quelque chose d’enchanteur: un conte médiéval dont on ressort émerveillé et rasséréné, quelle qu’en soit la noirceur.

"Du Domaine des Murmures" débute en 1187 : le jour de son mariage, la jeune Esclarmonde, 15 ans, refuse les noces et demande à être enfermée à vie dans une cellule attenante à la chapelle du château. Seule ouverture sur le monde : une étroite fenêtre avec des barreaux. Mais la suite prend un tour inattendu... Peu à peu, tout le village vient voir la prisonnière volontaire pour lui confier heurs et malheurs ordinaires et jusqu'aux bruits des combats en Terre Sainte.

Comment Carole Martinez, dont le premier roman, "Le coeur cousu", avait connu un immense succès, a-t-elle eu l'idée de travailler sur un tel sujet ? "J’ai cherché des figures de femmes ayant voulu accéder à la puissance. Je suis tombé sur les béguines. Georges Duby parle d'un véritable réseau d'information qui se constituait autour de celles qui avaient le droit de parler. C’est super-beau d’imaginer la voix de ces immobiles qui pouvaient porter à travers toute l’Europe."

Et, poursuit-elle : "Je me suis dit 'je vais être dans un tout petit espace et entrer dans l’essentiel de cette femme, qui n’a qu’une fenêtre pour vivre le monde. Elle va profondément ressentir son corps, le moindre souffle de vent, l’odeur de la fraise des bois. C’était une forme de gageure de faire ressentir cette intensité au lecteur'."

D'où une écriture sensuelle et mystique d'autant plus ensorceleuse que cette fable du Moyen-Age résonne d'accents contemporains.  "Finalement, on est tous enfermés dans notre petite île, tous un peu reclus. Au lieu de la fenestrelle, on a aujourd'hui la télé, avec de plus en plus de liens qui se ferment."

Autre fil conducteur du livre, le contraste entre l'emmurée sanctifiée, Esclarmonde, et Bérengère, l'amoureuse sensuelle et magicienne. "Ce qui m'a intéressée", dit l'auteure, "c'est le frottement entre le dogme religieux et les croyances populaires". L'éternelle opposition, chère à Nerval, des "soupirs de la sainte et des cris de la fée..."

"Du domaine des murmures" est la première pierre d’un édifice qui devrait compter sept livres, dépeignant, chacune dans un siècle différent, sept figures de femmes rebelles à l'ordre masculin, jusqu'à aujourd'hui. "Ma deuxième héroïne", nous a précisé Carole Martinez, prof de français de 45 ans qui a abandonné l'enseignement pour l'écriture, "sera celle d’une petite fille au XIVe siècle. La troisième sera une femme artiste à la Renaissance. Et ainsi jusqu’à la septième femme, qui serait contemporaine et portée par tous  les autres."

-> "Du domaine des murmures" Carole Martinez (Gallimard, 16,90 euros)