"Tolstoï", de Stephan Zweig, interdit pendant l'occupation, pour la première fois réédité

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/02/2017 à 15H45, publié le 27/02/2017 à 15H37
Portrait de l'ecrivain autrichien Stefan Zweig (1881-1942) en 1936 a Londres et de l'écrivain russe Léon Tolstoï

Portrait de l'ecrivain autrichien Stefan Zweig (1881-1942) en 1936 a Londres et de l'écrivain russe Léon Tolstoï

© LEEMAGE et RIA Novosti / Sputnik / AFP

"Tolstoï", de Stephan Zweig, publié en 1939 et jamais réédité jusqu'à aujourd'hui, fut placé sur "la liste Otto" - du nom de l'ambassadeur d'Allemagne à Paris Otto Abetz- des livres interdits pendant l'occupation allemande de la France à partir de 1940.

Publié pour la première fois en avril 1939, le "Tolstoï" de Stefan Zweig, réédité le 2 mars par Buchet-Chastel, est autant un exercice d'admiration pour le grand écrivain russe qu'un auto-portrait en creux d'un homme désespéré. Impossible de lire les pages que l'écrivain autrichien condamné par les nazis consacre à Tolstoï sans songer à la fin tragique, il y a 75 ans, de l'auteur de "La confusion des sentiments".

L'écrivain, au bout du rouleau, se suicide avec sa compagne le 22 février 1942 à Petropolis au Brésil. Il avait 60 ans. Le livre publié à l'origine dans la collection "Pages immortelles" chez Corréa/Buchet-Chastel, se compose - comme les autres titres de cette collection célèbre dans les années 1930 - d'une présentation d'un auteur classique par un écrivain contemporain. Il est suivi d'un choix de textes de l'auteur en question.

Un épisode sombre de la vie de Tolstoï

Pour sa présentation, Stefan Zweig choisit de rappeler un épisode particulièrement sombre dans la vie de Tolstoï. Vers sa cinquantième année, l'auteur de "Guerre et Paix" est victime d'un "choc intérieur" qui le remplit de mélancolie et d'angoisses. "Pourquoi n'est-il plus rien qui le réjouisse ou l'émeuve?", interroge Zweig. "Le dégoût de la vie, 'taedium vitae', s'est emparé de lui et il enferme son fusil de chasse dans l'armoire, de peur que le désespoir ne le tourne contre lui", raconte l'écrivain autrichien. Il faut "trouver un sens à l'insanité de l'existence", écrit l'auteur d'"Amok" dont on sait qu'il rédige son texte alors qu'il se trouve en exil depuis cinq ans.

Tolstoï trouvera une sorte de guérison en suivant les commandements de l'Evangile à la lettre contre l'Eglise officielle et l'Etat. Cette quête, soutient Zweig, va conduire Tolstoï à devenir "définitivement anarchiste radical". Dès lors, affirme l'écrivain dont le pays a été annexé par l'Allemagne nazie, "tout homme qui pense moralement doit résister à l'Etat" et ne se soumettre qu'à "sa propre et incorruptible conscience".

"Tolstoï", Stephan Zweig (Buchet-Chastel - "Les auteurs de ma vie" - en librairie le 2 mars 2017)