"Nos années flipper" : l’histoire bariolée d’un ovni du loisir

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/03/2016 à 15H05, publié le 25/03/2016 à 14H13
Flipper: un petit levier qui, en France, a remplacé le nom du pin-ball américain

Flipper: un petit levier qui, en France, a remplacé le nom du pin-ball américain

© FREDRICK VON ERICHSEN/EPA/ MAXPPP/Culturebox

Depuis leur apparition en 1933, les flippers ont accompagné des générations de teenagers. Leur graphisme flashy a toujours surfé sur les codes en vigueur du moment. Avec "Nos années flipper, mille et une facettes d’un objet devenu mythique", deux journalistes, Nadine Champenois et Laurent Locurcio nous révèlent tout ce qu’on ignore du mythique flipper, appelé pin-ball ailleurs qu'en France.

Le graphisme coloré des flippers

Le graphisme coloré des flippers

© NATIONAL PICTURES /MAXPPP / Culturebox

Né en France ?

Bien sûr, le flipper tel qu’on le connait n’est pas né en France mais pourrait bien y avoir trouvé son origine sous la forme d’une table de jeu appelée "bagatelle". Composé d’un plateau incliné et percé de neuf trous dans lesquels il fallait envoyer une bille à l’aide d’une queue de billard, il doit son nom au château de Bagatelle où il a été installé la première fois en 1777.

Plus simple que le billard et moins aristocratique, il allait connaitre une réputation mondiale. Une caricature d’Abraham Lincoln jouant à la bagatelle en prouve le succès international.

En 1871, le jeu de bagatelle est doté d’un lance-billes comme sur les futurs flippers et c’est en 1930 qu’un Anglais, Harry John Gerrard Pessers y ajoute un monnayeur.

Trois ans plus tard, les progrès de l’électro-mécanique faisaient le reste, la pin-ball machine était née. Son succès allait devenir planétaire.

1ers flippers

1ers flippers

© Akapella / Culturebox

1933 l’idée géniale

En 1933, Harry Williams (il faut retenir ce nom !) crée le "Contact" pour la firme Pacific Amusement Corporation. A la classique pin-table machine déjà en vogue, il ajoute quelques bobines électriques qui vont enregistrer les scores, activer des sonneries pour les performances exceptionnelles et des lumières. Le flipper que l’on connait vient d’apparaître à la surface de la Terre. Mais il lui manque encore les deux leviers qui peuvent renvoyer la balle vers le haut du plateau pour relancer le jeu. Ce sont les flippers. Ils seront ajoutés en 1947. 

Un graphisme toujours flashy et agressif

Un graphisme toujours flashy et agressif

© Akapella / Culturebox

1975 : l’électronique arrive

Surfant sur les tendances de la mode et de la consommation populaire depuis ses origines, le "flipper" a aussi évolué grâce à l‘électronique. Ce qui a permis des affichages de scores plus performants et rapides, des sons totalement nouveaux et même des changements de règle selon les niveaux de jeu atteints. Cette évolution est toujours en cours et après une période en creux, un renouveau de l’activité semble se dessiner depuis 2010. 

Surfer sur les codes picturaux en vigueur

Surfer sur les codes picturaux en vigueur

© Akapella / Culturebox

Flipper et graphisme

Dès le début, ce qui allait contribuer au succès des flippers, ce sera leur graphisme coloré et souvent violent inspiré des grandes tendances de la société comme le jeu, le sport, les loisirs et plus tard, le cinéma. Les plus célèbres graphistes seront sollicités pour apporter leur contribution à la notoriété des machines à qui l’on a souvent donné le nom de film comme "Star Trek" ou de groupes comme AC/DC.

Le flipper, un monde à lui tout seul

Le flipper, un monde à lui tout seul

© Akapella / Culturebox

Flipper et langage

Le mot "flipper" qui désigne les deux (ou quatre) petites battes inspirées du base-ball qui permettent de renvoyer la bille vers le haut du plateau. Leur nom désigne en anglais les nageoires des mammifères marins, baleines ou dauphins. Souvenons-nous de la série "Flipper, le dauphin" !
En français, le mot francisé de billard électrique n’a jamais pris et a toujours marqué une distance un peu méprisante par rapport au jeu lui-même et sa pratique. On lui a préféré le mot de flipper (prononcez fli-peur) qui a donné "flipper" (prononcez flip-pé) qui signifie trembler de peur. "Ca me fait flipper" vient de là. Expression qui fait allusion aux tremblements du joueur qui secoue sa machine.
Machine qui d’ailleurs "tilte" quand elle a été trop secouée. Ce qui va donner par extension "ça a tilté entre nous". Peut-être après avoir "perdu la boule"… 

Le flipper élément de décor au cinéma

Le flipper élément de décor au cinéma

© Sebastian Kahnert / dpa / picture-alliance / MAXPPP / Culturebox

Flipper et cinéma

Si l’explosion du flipper date aux Etats-Unis de la fin des années 40, le jeu arrive dans les cafés français à la fin des années cinquante et au début des sixties. Implanté dans les bars, il permet aux teenagers de se retrouver autour du flipper, devenant ainsi un lieu de rendez-vous au sein même du lieu de rendez-vous.

Ce dont le cinéma n’allait naturellement pas se priver pour en faire un élément de décor plus ou moins présent. On retrouve par exemple le flipper, dans le désordre de date et de géographie, dans des films comme "Le rouge est mis" (Gilles Grangier - 1957), "Autopsie d’un meurtre"(Otto Preminger - 1959), "L’arnaqueur" (Robert Rossen - 1961), "Le clan des Siciliens" (Henri Verneuil - 1969), "French Connection" (William Friedkin - 1971) ou "American graffiti" (Georges Lucas - 1973). 
Bowling, une réussite de Gottlieb

Bowling, une réussite de Gottlieb

© Akapella / Culturebox

Flipper et chanson française

Objet à part dans la société de consommation, le flipper a bien entendu sa place dans la chanson. Edith Piaf lui a préféré "Le billard électrique" mais n’en a tout de même pas moins fait une chanson. Eddy Mitchell en parle dans "Couleur menthe à l’eau", Renaud dans "Marche à l’ombre", Richard Gotainer dans "L’empereur du flipper" et bien sûr "Boule de flipper" de Corinne Charby. 

"Nos années Flipper...

"Nos années Flipper...

© Akapella / Culturebox

"Nos années flipper, mille et une facettes d’un objet devenu mythique" de Nadine Champenois et Laurent Locurcio aux "Editions Akapella" (25€)