Mort de Henri Alleg, auteur de "La Question" dénonçant la torture en Algérie

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/07/2013 à 14H21, publié le 18/07/2013 à 12H21
Henri Alleg avait 91 ans

Henri Alleg avait 91 ans

© ERIC CABANIS / AFP

Le journaliste et militant communiste Henri Alleg, auteur en 1958 de l'ouvrage "La Question" qui dénonçait la torture pendant la guerre d'Algérie, est décédé ce mercredi à l'âge de 91 ans. Son ouvrage avait eu un retentissement immense.

“En attaquant les Français corrompus, c’est la France que je défends”. Voici les premières lignes de “La Question”, ouvrage autobiographique de Henri Alleg paru en 1958 et dénonçant la torture en Algérie. L’auteur, le journaliste et militant communiste Henri Alleg, s’est éteint ce mercredi a annoncé l’Humanité, le quotidien dont il fut secrétaire général.
Publié à l'époque aux éditions de Minuit, ce livre-témoignage avait été saisi au lendemain de sa parution, et censuré malgré les interventions d’André Malraux, François Mauriac ou Jean-Paul Sartre auprès du président René Coty. Dans ces pages, Alleg dresse un portrait glaçant de la torture des civils par l’armée française en Algérie, torture dont il témoigne après l’avoir subie.

François Hollande a rendu hommage à Henri Alleg en saluant le journaliste militant qui "alerta sur la réalité de la torture en Algérie" et qui "toute sa vie lutta pour que la vérité soit dite".
Couverture de "La Question"

© Les Editions de Minuit / DR
Communiste jusqu'au bout
Témoignage de la torture perpétrée par l'armée française, qu'il avait subie en tant que directeur d'Alger Républicain (journal du Parti communiste algérien), "La Question" a été un immense succès avec 65.000 exemplaires vendus au jour de sa saisie, le 27 mars 1958. Quarante ans plus tard, Henri Alleg confiait à L'Express: "Je savais que si j'étais arrêté, je serais torturé, j'y étais préparé. Je n'ai gardé aucune rancoeur à l'égard de quiconque; je considérais ces gens comme les instruments méprisables d'une politique". "Alleg a payé le prix élevé pour le simple droit de rester un homme", écrivit Jean-Paul Sartre, et François Mauriac, dans son "Bloc-notes" du 27 février 1958, parla d'un "témoignage sobre" ayant "le ton neutre de l'Histoire ".

Né en juillet 1921 à Londres, de parents juifs polonais ayant fui les pogroms, Henri Salem, dit Alleg, arrive en avril 1940 à Alger et adhère un an plus tard au parti communiste algérien (PCA), dont il est membre du comité central jusqu'à sa dissolution en 1955. 
 
Il dirige le quotidien "Alger républicain", organe du PCA, de février 1951 à juillet 1955, date de son interdiction. Arrêté en 1957 en pleine bataille d'Alger et torturé puis condamné en 1960 à 10 ans de travaux forcés en France, il s'évade de prison un an plus tard et regagne la capitale algérienne. Il refonde alors Alger Républicain jusqu'à son sabordage après la chute du président Ben Bella. 
 
Henri Alleg, adhérent au PCF auquel il restera fidèle jusqu'à la fin de sa vie, a été journaliste à l'Humanité de 1966 à 1980. Son livre "La Question" a été transposé au théâtre en 2005 par François Chattot, pensionnaire de la Comédie-française.