Michel Onfray : "Dans Décadence je fais un travail de médecin... un diagnostic"

Par @Culturebox Rédacteur en chef adjoint de Culturebox
Mis à jour le 22/01/2017 à 12H07, publié le 18/01/2017 à 11H29
Michel Onfray au Soir3

Michel Onfray au Soir3

© France 3 / Culturebox

Michel Onfray vient de publier "Décadence" chez Flammarion. Dans cet essai de 650 pages sous-titré "de Jésus à Ben Laden, vie et mort de l'Occident", le philosophe voit poindre la fin de la civilisation occidentale après 2000 ans d'existence. Il était, hier l'invité du Soir3.

"Je trouve que c'est pas mal pour une civilisation d'avoir duré 2000 ans. Elle arrive à son terme, ça me paraît évident". Sur le plateau du Soir3, Michel Onfray ponctue cette constatation d'un petit sourire. Le signe que cela ne l'inquiète ni ne l'attriste. Explication : "On doit pouvoir faire un travail de philosophe qui est de dire : je crois voir ceci, je vous explique pourquoi; je ne m'en réjouis pas, je ne déplore pas. Ce n'est ni l'occasion de rire ni de pleurer. Je donne des arguments pour que chacun sache sans que pour autant on puisse dire oh la la, c'est une catastrophe ou au contraire c'est vachement bien que cette civilisation disparaisse".

Je pense que dès que nous naissons, nous sommes assez vieux pour mourir; c'est la même chose pour la civilisation

Michel Onfray

Dans toute civilisation il y a une période de croissance, un moment de pleine puissance puis s'amorce le déclin. "Le début de la décadence c'est pas Mai 68, c'est pas la Révolution française... c'est la découverte en 1417 d'un manuscrit de Lucrèce, philosophe atomiste, matérialiste (qui considérait notamment que la matière est éternelle et qu’elle porte en elle une vie immortelle, autrement dit, que les atomes sont éternels, mais pas leurs agencements). On découvre ce texte et c'est une vraie bombe à fragmentation. On commence à la mettre en place et tout est prêt pour qu'elle (la civilisation) explose régulièrement au fil des époques".

Mai 68 a conduit au consumérisme

Dans "Décadence", Michel Onfray replace Mai 68 dans une autre perspective en "donnant des faits" dit-il. "On a des gens qui veulent Trotski, Mao, Marx, Lénine et ça débouche sur Pompidou, puis Giscard et ça arrive sur une gauche qui, avec Serge July, nous dit en 1983 : Bernard Tapie est un modèle idéal... si c'est pas le consumérisme !!!"

Michel Onfray ne se place pas pour autant dans la logique du "Il nous manque un idéal"; il dit en revanche que nous n'avons PLUS d'idéal. "Je dis qu'il n'y a pas un Français qui est prêt aujourd'hui à mourir pour la liberté, l'égalité, la fraternité, la laïcité ou le féminisme. Tout le monde a la bouche pleine de ces idéaux mais personne n'est prêt à mourir pour un I Phone, un écran plat ou pour la voiture dernier modèle."

"Un médecin qui constate une pathologie n'en fait pas le procès"

En revanche, ce qui inquiète Michel Onfray c'est que "nous avons en face un certain nombre d'individus d'une minorité agissante (je ne dis pas qu'il s'agit de la majorité de l'Islam) qui elle est prête à mourir pour ses idées. Je ne dis pas que j'admire..." Peut-on alors accuser Michel Onfray de faire le procès de l'Islam par exemple ? Le philosophe rétorque clairement : "Pas du tout. Je fais un travail de médecin en disant : je regarde, je vois; et quand un médecin diagnostique une pathologie, il ne fait pas le procès de la pathologie... il dit juste, vous êtes en train de souffrir de telle pathologie !"

En finir avec l'Homme Providentiel

Dans ce contexte Michel Onfray est-il intéressé par le débat politique actuel à quelques mois de la présidentielle ? La réponse est tout aussi catégorique : "Pas du tout. Il faut arrêter avec l'homme providentiel. L'homme qui dit : 'rien ne va et MOI j'ai les solutions'. On a le choix entre des gens qui ont expérimenté le pouvoir dans les 5 dernières années et des gens qui l'ont expérimenté les 5 années précédentes. Il nous disent yaka, faudrait, on devrait. Ils n'avaient qu'à le faire quand ils étaient au pouvoir. Moi je n'y crois plus."

"Décadence" est le deuxième volet d'une trilogie intitulée "Brève encyclopédie du monde" (après "Cosmos" paru en 2015 et avant "Sagesse" attendu en 2018).