"Métier : réalisateur" seize cinéastes se confient à Mike Goodridge, passionnant

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/11/2014 à 14H34, publié le 18/11/2014 à 14H13
Vue partielle de la couverture de l'ouvrage

Vue partielle de la couverture de l'ouvrage

© Dunod

"Quand les maîtres du cinéma se racontent". Les éditions Dunod ouvrent une collection sur les métiers du cinéma. Les deux premiers livres sont consacrés aux réalisateurs et aux directeurs de la photo. Chaque chapitre, abondamment illustré, résulte de la rencontre, réelle ou fictive, entre le ou les auteurs et les personnalités du cinéma auquel il est consacré. Passionnant de bout en bout.

Almodovar, Assayas, Bergman, Bier, Ceylan, Dardenne, del Toro, Eastwood, Ford, Frears, Gilliam, Gitaï, Godard, Greengrass, Haneke, Hitchcock, Kurosawa (Akira), Chan-wook, Szabo, Weir, Yimou. Vingt-et-un noms de cinéastes. Vingt-et-un styles différents. Vingt-et-une filmographies qui vont du film intimiste au blockbuster. Mike Goodridge signe "Métier : réalisateur" dans la collection initiée par la collection Dunod et traduite de l'anglais "Quand les maîtres du cinéma se racontent". L'auteur a rencontré les cinéastes de son premier choix, ils sont seize. Il y a ajouté quelques grands noms dont les réalisateurs actuels reconnaissent l'héritage. 
Métier : Réalisateur © Dunot
En si peu de noms, Goodridge réussit pourtant à presque nous faire faire le tour du cinéma mondial actuel. Il parvient même à glisser dans son choix le cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan, palme d'or à Cannes pour "WinterSleep", un mois après la parution française du livre.
Des cinéastes, on se dit qu'il en manque beaucoup, mais ceux-là se retrouvent d'une manière ou d'une autre dans les profils des réalisateurs rencontrés. Ce livre, un délice pour cinéphiles, une bible pour les professionnels, permet de mieux comprendre pourquoi on aime un cinéaste, pourquoi un film raté peut se révéler à terme aussi important qu'une oeuvre célébrée. Il met en lumière comment un réalisateur s'y prend, chacun à sa manière, pour transformer un projet intellectuel en une oeuvre qui tient autant de la technique que de la sensibilité ("La réalisation relève de la synthèse : c'est le produit d'innombrables choix. C'est l'addition de la volonté, de la technique et, surtout, d'une vision" Paul Greengrass).

Secrets de tournage
On apprend ainsi que lorsque certains cinéastes savent exactement où ils vont, suivent à la lettre et à l'image un storyboard et un scénario, d'autres comme l'Anglais Terry Gilliam se réveillent certains matins de tournage complètement perdus, sans plus savoir ce qu'ils doivent faire. Au fil des confidences, les réalisateurs avouent leurs doutes, reviennent sur le chemin parcouru, long pour les uns, court pour d'autres, évoquent les oeuvres qui les ont influencés ("Kim Ki-young en particulier a été d'une grande importance et il a profondément influencé mon style."), font preuve comme Clint Eastwood, d'humilité ("une carrière dans le cinéma est identique à n'importe quelle autre : on apprend tout le temps. Chaque film est différent avec ses propres difficultés à surmonter.").

Le regard croisé que chaque cinéaste et l'auteur du livre posent sur les filmographies et, sur certains de leurs films en particulier, illustre le caractère si particulier du cinéma, à la fois entreprise collective et oeuvre personnelle. Il y a donc autant de cinémas qu'il y a de cinéastes. On le savait, avec ces rencontres on le ressent.
Métier : Directeur de la photo © Dunod
Métier : Directeur de la photo
L'iconographie pourrait servir d'introduction au second ouvrage de la collection. Le directeur de la photo est avant tout le technicien chargé de coordonner l'action de l'équipe en charge de la lumière et l'opérateur de prise de vue. Son travail doit aboutir à un seul résultat : fournir au réalisateur l'image qu'il a choisie pour son film.  Même format, même approche et même nombre de personnalités évoquées ou rencontrées: Seize chefs opérateurs se confient, Vilmos Zsigmond, Christopher Doyle, Michael Ballhaus, Ed Lachman, Rodrigo Prieto, Caleb Deschanel, Vittorio Storaro, Chris Menges, Dion Beebe, Owen Roizman, Barry Ackroyd, Ellen Kuras, Peter Suschitzky, Seamus McGarvey, Javier Aguirresarobe et Matthew Libatique. Leurs noms sont moins connus mais on leur doit souvent le souvenir que l'on garde d'un film. Prenons le cas de Caleb Deschanel. Il signe la photographie de films aussi différents que "l'Etoffe des Héros", "L'étalon noir, "Bienvenue Mister Chance" et "La Passion du Christ".

Duo avec un réalisateur
Le nom du chef opérateur est souvent à attaché à ceux de quelques réalisateurs. La responsabilité de ce technicien dans le ton que prendra le film terminé fait que le rapport entre celui qui signe le film et son "chef op'". Le livre nous fait découvrir les subtilités d'un métier très souvent négligé et mal connu du grand public. Pourtant si certains chef opérateurs sont ultérieurement devenus des cinéastes à succès, c'est le cas de Barry Sonnenfeld qui a longtemps travaillé avec les frères Coen avant de passer à la réalisation pour, notamment, les trilogie des "Men in Black". C'est le cas aussi en France de Bruno Nuytten, réalisateur du magnifique "Camille Claudel", ou Raoul Coutard, directeur de la photo attitré de Pierre Schoendoerffer, qui a réalisé plusieurs films dont "Hoa-Binh" sur la guerre du Vietnam. Il existe aussi des réalisateurs qui assurent eux-mêmes la direction de la photo sur leurs tournages.
Cette année 2014 a vu la disparition de Gordon Willis, très grand directeur de la photo. On lui doit celle du "Parrain", par exemple et de la plupart des films de Woody Allen dans les années 70, 80 et 90 avec notamment le magnifique "Manhattan' dont le noir et blanc et la composition des images sont restés exemplaires.

Métier : Réalisateur
De Mike Goodridge
Editions Dunod
192 pages grand format carré, couverture souple
25,90 euros 

Métier : Directeur de la photo
De Mike Goodridge et Tim Grierson
Editions Dunod
192 pages Grand format carré, couverture souple
29,90 euros