Mémoires d'une tzigane d'Alsace, Pisla Helmstetter

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 13/04/2012 à 16H22
Pisla Helmstetter lance un cri d'alarme sur l'état de notre planète.

Pisla Helmstetter lance un cri d'alarme sur l'état de notre planète.

© Editions de la Nuée Bleue

"Sur ces chemins où nos pas se sont effacés", c'est le titre en alexandrin du livre qui paraît en ce mois d'avril 2012 aux éditions de la Nuée Bleue. Pourtant, son auteur n'a rien d'un poète classique. Il s'agit de Pisla Helmstetter. Grâce à l'aide de sa fille, cette octogénaire, tzigane d'Alsace, publie ses mémoires. Alors qu'elle ne sait ni lire, ni écrire, celle qui se qualifie d'"amoureuse de la nature" tenait à transmettre son histoire : une vie de bohême au premier sens du terme où se mêlent les arts, l'insouciance et la méchanceté des hommes.

Louise Helmstetter, de son vrai nom Pisla Loeffler, est née en 1926 dans une roulotte dans les prairies d’Alsace du Nord, au plus près de la nature. D’origine sinti, un groupe ethnique nomadisant des régions germanophones, elle vit sa jeunesse, le chant et la danse chevillée au corps. Des moyens d’expression innés parmi les siens. Pisla parle romani et alsacien comme ses ancêtres installés depuis longtemps dans ces contrées.

La Seconde Guerre mondiale fait basculer le destin de la communauté. Les familles tziganes, dépouillées de tous leurs biens, sont expulsées d'Alsace vers la région lyonnaise. Certaines sont acheminées vers le camp d’internement d’Argelès. Après la guerre, Pisla Helmstetter retourne dans sa région natale qui a été vidée de ses tziganes et connaît la misère et une hostilité grandissante des sédentaires à l'égard de son peuple.

Entre tradition et liberté

En rupture avec ses proches, la jeune femme épouse un non-tzigane et s'installe à Barr dans le Bas-Rhin, mais ne renie pas ses traditions. Son indépendance la fait malgré tout, apparaître comme une pionnière. Elle est la première femme tzigane d’Alsace à passer son permis de conduire. Son quotidien est rythmé par la musique et les échanges avec les siens. Elle multiplie aussi pélerinages et rencontres comme avec Yehudi Menuhin et Ravi Shankar.

En 1989, Pisla Helmstetter rend hommage à ses racines en réalisant un documentaire : "De la source à la mer" qui raconte l'histoire d'une famille tzigane sédentarisée en Alsace qui, chaque année, part sur les routes en direction des Saintes-Maries-de-la-Mer. Son film a été primé plusieurs fois dans des festivals de cinéma amateur.

Manifeste pour la culture tzigane et l'écologie

Aujourd’hui, elle publie ses mémoires grâce à sa fille Marie qui a recueilli son témoignage en romani et a rédigé le texte en français. Dans "Sur ces chemins où nos pas se sont effacés" paru aux Editions de la Nuée Bleue, l’octogénaire fait part de sa nostalgie pour un mode de vie en harmonie avec la nature qu’elle considère comme la plus grande des divinités tout en étant de foi catholique. Elle invite les hommes à préserver leur environnement, mais aussi à défendre la culture tzigane.

Pisla Helmstetter apparaît aussi dans "Qui a peur des Gitans ?", un documentaire de John-Paul Lepers (2009). Le journaliste et son équipe ont sillonné les routes de France à la rencontre de ces 400.000 "étrangers de l’intérieur", pour la plupart, Français depuis des siècles.

Pisla Helmstetter dédicace son livre et présente son film à l'Odyssée à Strasbourg le jeudi 19 avril 2012 à 20h.