Marcelle Ratafia rajeunit l'argot (sans se fader le dico)

Par @Culturebox
Publié le 25/02/2017 à 12H10
Aperçu de la couverture du livre

Aperçu de la couverture du livre

© Lulu d'Ardis-Le Chêne

Signé Marcelle Ratafia pour les textes et Lulu d'Ardis pour les illustrations "L'ABC de l'argot (sans se fader le dico)" paraît aux éditions du Chêne. On y fait le tour de cette langue populaire en constante évolution et qui renaît chaque jour. La poilade assurée pour les mecs et les gonzesses à la coule.

Il y avait autrefois "La méthode à Mimile", un précis d'argot signé du grand spécialiste Alphonse Boudard et dont le titre faisait référence à la méthode Assimil alors en vogue pour apprendre les langues vivantes. On avait alors affaire à l'argot des julots et des marlous, une langue ô combien vivante ! C'était le parler des mectons entre deux cassements ou de ceux qui louaient les services de leurs gagneuses à des matafs en bordée après avoir battu leur quart sur le pavé de la Saint-Denis. Un argot qui fleurait bon les années 50, l'après-guerre et les sous-produits des maisons de correction. Voici en 2017 "l'ABC de l'argot (sans se fader le dico)". Il est signé d'une jeune femme, Marcelle Ratafia. C'est évidemment un pseudonyme, tout comme le nom de l'illustratrice Lulu d'Ardis.

Marcelle Ratafia sur le plateau du 13h de France 2

En marge de la société

L'argot a évolué mais il fonctionne toujours de la même manière. Un petit groupe, souvent en marge de la loi, se choisit un langage bien à lui pour pouvoir communiquer sans se faire comprendre du gazier moyen ou pire, des condés (les flics). Et de ces argots il y en eu des dizaines. Par profession, par ville, par quartier, par bande... Le Javanais par exemple, qui ajoute des syllabes en "v"  à l'intérieur même des mots : "Avaujavourdavui", par exemple pour dire "aujourd'hui" ! Le louchébem, argot des bouchers dont l'intitulé signifie justement "boucher", le verlan que tout le monde connait.

L'introduction de mots étrangers ("chouf" pour "regarde" qui vient de l'arabe par exemple) peut enrichir l'argot. Il n'y a donc pas un argot, mais des argots en constante évolution et dont certains mots finissent par quitter la clandestinité où ils sont nés pour venir enrichir le français et finir par entrer dans le dictionnaire. C'est ainsi que le mot "la beuh" qui signifie "l'herbe" dans le monde des stupéfiants est désormais un mot correct ! On peut aussi affirmer qu'un bolos a chopé le melon sans commettre de faute de français. C'est cet argot-là, surtout, que l'on retrouve dans ce nouvel ouvrage.

L'ABC de l'argot (sans se fader le dico)

L'ABC de l'argot (sans se fader le dico)

© Le Chêne

Argots de cinéma

Il existe même des argots de cinéma, comme celui qui fleurit les dialogues de Michel Audiard par exemple, et qui sont simplement des inventions d'écrivain. Exemple "Non mais, ces mecs auraient pas la prétention d'engourdir le pognon de ma nièce, non ? " 'in "Les Tontons Flingueurs". Et d'ailleurs dans le cas d'Audiard, l'argot est bien plus une impression qu'une réalité. A lire les dialogues, on s'aperçoit que tout ce petit monde parle un français presque impeccable, il est juste agencé "façon argot".

Pour retrouver l'argot "pur", celui qui reste dans les souvenirs et qui fait le terreau de tous les nouveaux mots qui naissent un peu au hasard, il faut lire l'oeuvre d'Alphonse Boudard (1925-2000) : "La Cerise", "Le Café du Pauvre" ou encore "La Métamorphose des Cloportes". Antoine Blondin et Albert Simonin ne sont pas à négliger non plus. Dans un autre genre Frédéric Dard, alias San-Antonio, invente de son côté un argot bien à lui en arguant, paraphrasant Alexandre Dumas, qu'on peut "violer la langue française, si c'est pour lui faire de beaux enfants" !

L'ABC de l'Argot (Sans se Fader le Dico)

De Marcelle Ratafia, illustrations de Lulu d'Ardis Edition du Chêne 144 pages 14, 90 euros