"L'abîme carcéral" d'Hélène Erlingsen-Creste: voyage inédit au cœur de la prison

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 17/09/2014 à 17H32, publié le 17/09/2014 à 17H16
Dans les couloirs de la prison d'Agen (en 2013)

Dans les couloirs de la prison d'Agen (en 2013)

© MEHDI FEDOUACH / AFP

Etonnant et précieux, ce témoignage nous révèle la vie quotidienne en prison. Ou, plus précisément, tous ses petits et gros dérapages. Au cœur des commissions de discipline, Hélène Erlingsen-Creste dresse un bilan inquiétant.

Il y a quelques années, Hélène Erlingsen-Creste a postulé, presque par hasard, pour siéger dans les commissions de discipline de la prison d'Agen, au titre de "Citoyen assesseur". Un poste d'observation exceptionnel pour découvrir et comprendre la vie derrière les barreaux, les petites embrouilles, les gros trafics… et la misère humaine, la frustration, qui suintent de partout.

Elle tout noté et nous emmène à la découverte d'une incroyable galerie de personnages. Des forts en gueule, des petits caïds, des plaintifs, des terrorisés, des qui essaient tout simplement de survivre et de passer entre les gouttes. Des hommes et des femmes, puisque la commission entend les détenus des deux sexes.
Une cellule de la prison d'Agen © MEHDI FEDOUACH / AFP
Parmi les dizaines de portraits, voici d'abord Agun, la Thaïlandaise, au premier abord d'une douceur extrême. Mais, quand on la cherche, on la trouve. Elle a planté un stylo dans le bras d'une codétenue qu'elle trouvait trop sale.

Selim, lui, est arrivé là pour avoir écrit "Je baise la France" sur son mur. Sept jours de mitard. "Il y a des chanteurs qui disent bien pire, et on ne les passe pas devant une commission", proteste-t-il pendant qu'on l'embarque.

D'autres sont convoqués pour racket, violence, insultes, entre détenus ou contre les surveillants. Beaucoup comparaissent pour "dépercharge". Tout simplement le fait de récupérer les colis lancés par des proches, depuis l'extérieur, qui restent bloqués dans les filets de protection qui recouvrent la cour. Dans ces colis, de la nourriture, de l'alcool, des portables… Les détenus sont prêts à prendre de gros risques pour les récupérer. Devant la commission, Moussa résume : "Quand on voit un colis, on a envie de dépercher. Si vous ne comprenez pas ça…"
Dans une cellule de la prison d'Agen (12 septembre 2013) © MEHDI FEDOUACH / AFP
Certains des détenus rencontrés dans ce tribunal interne font peur. D'autre pitié. Ils sont nombreux à ne pas comprendre grand-chose à ce qui leur arrive, les idées embrumées par l'alcool, la drogue ou un passé sordide.

Après deux années de commission, Hélène Erlingsen-Creste a acquis la conviction que le système carcéral est de moins en moins en mesure de remplir sa mission. Les prisons sont surpeuplées et les chiffres de la récidive sanctionnent un lourd échec : selon l'INSEE, un délinquant sur trois replonge moins d'un an après sa libération. Et trois sur quatre dans les cinq ans. "Plus on fait de la prison, plus on y retourne" écrit l'auteure. Le souvenir de ce quotidien dégradé et dangereux ne suffit visiblement à dissuader ces anciens détenus de se remettre hors la loi.

"L'abîme carcéral" d'Hélène Erlingsen-Creste (Max Milo) – 224 pages – 18,00 €
"L'abîme carcéral" d'Hélène Erlingsen-Creste
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