Esclavage : comment "Rire enchaîné" ?

Par Christian Tortel
Mis à jour le 15/06/2016 à 14H58, publié le 15/06/2016 à 08H42
Thierry Beauchamp auteur du livre  "Le Rire Enchaîné"

Thierry Beauchamp auteur du livre  "Le Rire Enchaîné"

© FranceÔ / culturebox

Comment s'évader quand on ne peut s'évader ? Deux solutions au moins : l'imagination ou le rire. Dans le livre "Rire enchaîné", Thierry Beauchamp a lui-même réuni et traduit une "petite anthologie de l'humour des esclaves noirs américains", selon le sous-titre. Une belle édition inspirée du travail des folkloristes américains entre 1880 et 1960.

L'histoire de de la parole des esclaves compte dorénavant un jalon supplémentaire, cet opuscule de 112 pages, signé Thierry Beauchamp pour les éditions Anacharsis : "Rire enchaîné, Petite anthologie de l'humour des esclaves noirs américains". A déguster comme on savoure des fables, des boniments, des anecdotes. Même si le propos n'est pas que de distraire mais plutôt d'édifier : l'humour pour commencer à s'émanciper d'une oppression.

Des historiettes du temps de l'esclavage nord-américain (aboli aux Etats-Unis en 1865, en France en 1848) où les esclaves raillaient autant un "Monsieur Maître" cruel et crétin que l'esclave "John", rusé mais candide.

Rire de libération 

Ces récits complètent utilement la "parole d'en bas", celle des esclaves eux-mêmes dont l'exemple le plus populaire est le blues et le gospel qui tirent leur orgine des negro-spituals chantés dans les champs de coton. Dans ce domaine les traductions de Marguerite Yourcenar constitue un exemple à la hauteur de l'enjeu culturel.

De même, dans le travail historique, les récits d'exclaves complètent utilement les recherches des historiens naguère cantonnés aux paroles des abolitionistes.

Exemple : 12 Years a Slave, film de Steve McQueen (2014) est basé sur le livre de Solomon Northup, qui racontait dans un ouvrage paru en 1853 ses douze années de servitude dans le sud des Etats-Unis

Rire enchaîné témoigne de cet engouement pour les paroles venues des acteurs de l'histoire eux-mêmes. Les deux productions de récits se complètent, celle des experts et celle des esclaves eux-mêmes.

Dans l'actualité littéraire, Thierry Beauchamp propose également une traduction de Black No More, de George S. Schuyler, aux éditions Wombat, une fable satirique sur l'obsession américaine pour la couleur de peau.

Reportage : Christian Tortel, Jean-Pierre Magnaudet, Leo Friez.
Interviews : Thierry Beauchamp, traducteur ; Axelle Leuliet et Tristan Roullier, élèves du lycée La Source à Meudon (92)