Elie Wiesel, écrivain, Nobel de la Paix et survivant de la Shoah, est mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/07/2016 à 11H55, publié le 02/07/2016 à 22H08
Elie Wiesel en 2015 à New York

Elie Wiesel en 2015 à New York

© SIPANY/SIPA

L'écrivain américain Elie Wiesel , rescapé des camps de la mort nazis et Prix Nobel de la Paix 1986, qui est décédé samedi, a consacré sa vie à la mémoire de la Shoah.


Un porte-parole du mémorial Yad Vashem a confirmé à l'AFP le décès de ce célèbre écrivain juif américain, sans donner plus de précisions. Selon le New York Times, Elie Wiesel est décédé chez lui à Manhattan à l'âge de 87 ans. Elie Wiesel "s'est éteint il y a plusieurs heures", selon le porte-parole du mémorial Simmy Allen.

"Messager de l'humanité"

Pour "empêcher l'oubli" de la Shoah et favoriser la compréhension entre les peuples, ce "messager de l'humanité", comme l'a qualifié le comité Nobel, a créé la Fondation Elie Wiesel pour l'Humanité, avec son épouse, et l'Académie universelle des cultures.

Elie Wiesel a souvent dénoncé la responsabilité des dirigeants qui "savaient" le sort des juifs déportés, notamment Roosevelt et Churchill : en 1979, le président Carter lui avait montré les photos prises, fin 1942, par des avions militaires américains survolant Auschwitz.

Il s'est engagé pour de multiples causes car il avait "fait un voeu après la guerre : que toujours, partout où un être humain serait persécuté, je ne demeurerai pas silencieux".

Déporté à 15 ans

Né le 30 septembre 1928 à Sighet, en Roumanie (alors Transylvanie), Elie Wiesel est déporté à 15 ans à Auschwitz-Birkenau, en Pologne occupée par les nazis, où sa mère et sa plus jeune soeur sont assassinées. Son père meurt devant lui à Buchenwald (Allemagne) où ils ont été transférés. A sa sortie du camp, en 1945, il est recueilli en France par l'OSE (oeuvre juive de secours aux enfants) et y vit jusqu'en 1956. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il devient journaliste et écrivain.

L'écrivain français François Mauriac préface son premier roman "La nuit" (1958), son chef-d'oeuvre basé sur ses souvenirs de déportation, qui sera suivi d'une quinzaine d'autres (en français, en anglais, en hébreu et en yiddish), de trois pièces de théâtre et de nombreux essais. Ses dons de conteur se confirment dans "Le Mendiant de Jérusalem", inspiré de la guerre des Six jours. "Le testament d'un poète juif assassiné" (1980), "Le cinquième fils" (1983) et "Signes d'exode" (1985) questionnent le silence de Dieu. "Le temps des déracinés" (2003), "Un désir fou de danser" (2006) comptent également parmi ses succès.

Citoyen américain depuis 1963, Elie Wiesel a occupé longtemps la chaire en Sciences Humaines de l'Université de Boston et partagé sa vie entre les Etats-Unis, la France et Israël. Grand Croix de la Légion d'Honneur en France, il a également reçu la médaille d'or du Congrès américain pour son travail à la tête de l'Holocaust Memorial Council des Etats-Unis. Il est également chevalier commandeur honoraire de l'Ordre de l'Empire britannique.

Elie Wiesel qui, en 2006, avait refusé la présidence de l'Etat d'Israël, soulignant qu'il n'était "qu'un écrivain" a confirmé, six ans plus tard, un projet de livre avec le président américain Barack Obama avec lequel il était retourné à Buchenwald en 2009.

Réactions

François Hollande salue un "grand humaniste, inlassable défenseur de la paix"

"Elie Wiesel était l'élégance même, la grandeur, la générosité", dit Jack Lang, ancien ministre de la Culture, dans un communiqué. "Les horribles souffrances que la vie lui a infligées ont fait grandir en lui sa profonde humanité. Immense écrivain, il a su admirablement exprimer la densité de l'âme humaine. Son amour de la France le portait à écrire dans la langue française qu'il savourait avec passion", ajoute-t-il.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a dans un communiqué salué sa mémoire, estimant qu'il était un "rayon de lumière et un exemple d'humanité qui croit en la bonté de l'Homme". "L'Etat d'Israël et le peuple juif pleurent avec amertume la mort de Elie Wiesel ", a ajouté M. Netanyahu. "Durant les années sombres de l'Holocauste, au cours desquelles ont péri six millions de nos frères et soeurs, Elie Wiesel était un rayon de lumière et un exemple d'humanité qui croit en la bonté de l'Homme", a souligné M. Netanyahu à propos de celui qui a sillonné le monde pour perpétuer la mémoire de la Shoah.