Alain Minc condamné pour 47 plagiats dans "L'homme aux deux visages"

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/07/2013 à 16H11, publié le 21/06/2013 à 10H00
Alain Minc, accusé de plagiat par l'essayiste Pascale Froment "L'homme aux deux visages" 

Alain Minc, accusé de plagiat par l'essayiste Pascale Froment "L'homme aux deux visages" 

Le tribunal de grande instance de Paris vient de rendre sa décision après avoir comparé de près les deux livres: il a condamné Alain Minc, ce 2 juillet, pour 47 passages contrefaits. Les débats avaient été vifs devant la justice le 20 juin dernier entre la défense de l'auteure d'une biographie de René Bousquet qui estime avoir été pillée, et celle de l'essayiste.

Pascale Froment, dont le "René Bousquet" (Ed. Stock, 1994, réédité en 2001) consacré à l'ancien fonctionnaire de Vichy fait référence, avait attaqué en référé (procédure d'urgence) Alain Minc, qu'elle accusait de contrefaçon, et son éditeur Grasset. Elle demandait l'interdiction de la diffusion de "L'homme aux deux visages. Jean Moulin, René Bousquet, itinéraires croisés" (2013) et 100.000 euros de dommages et intérêts.

Pascale Froment a consacré "trois ans de sa vie" à son ouvrage, dans lequel elle cite de nombreux entretiens inédits comme ceux que lui avait accordés François Mitterrand, avait plaidé son avocat Me Alain Levy devant le tribunal de grande instance de Paris. Elle n'a pas effectué un simple travail de compilation, mais met en perspective, avait  plaidé l'avocat, qui avait recensé 308 emprunts reprochés à Alain Minc dans son livre (Ed. Grasset, 2013).

"A aucun moment" celui-ci ne se réfère au travail de Pascale Froment, hormis dans la bibliographie, avait-il dénoncé, soulignant que l'essayiste avait même reproduit une erreur de sa cliente dans une citation de Pierre Laval dans son livre. "C'était bien qu'il le lise, mais pas qu'il le pille", avait estimé Me Levy, qui comptabilise que sur les 834 lignes consacrées par Alain Minc à René Bousquet, 556, marquées au surligneur fluorescent, sont issues d'emprunts au travail de sa cliente.

"Une réflexion philosophique qui se nourrit de l'histoire"

"On colorie allègrement mais on ne démontre strictement rien", lui avait rétorqué Me Josée-Anne Benazeraf, l'avocate d'Alain Minc, estimant que parmi les "308 emprunts invoqués", "pas un seul exemple" n'avait été cité par son contradicteur dans sa plaidoirie. Selon elle, dans les 50 pages de conclusions de son confrère, "il n'y a que du volume, que de la masse, mais il n'y a rien de consistant". Le livre de son client est "une réflexion philosophique", dont l'auteur "se nourrit d'histoire, mais les informations historiques viennent au soutien d'une démonstration".

"C'est une escroquerie que de parler de paraphrase, il est ici question de faits. On ne paraphrase pas des faits, des faits sont des faits", avait-elle argué. "Les faits ce n'est pas protégeable", avait renchéri pour les éditions Grasset Me Dominique de Leusse, qui avait plaidé le rejet des demandes de Pascale Froment "insignifiantes par leur outrance".

Alain Minc l’ancien a désormais dix jours pour insérer au début de son essai un encart résumant la décision de justice. Il doit en outre verser à Pascale Froment 5000 euros de dommages et intérêts, au titre du droit moral, auxquels s’ajoutent 6000 euros pour les frais.

Auteur de "Spinoza, un roman juif", Alain Minc avait  été condamné en 2001 à verser 15.244 euros de dommages et intérêts à un professeur bordelais, Patrick Rödel, pour contrefaçon de sa biographie "Spinoza, le masque de la sagesse".