Affaire Neyret : Gilles Guillotin dénonce dans son livre "le bal des hypocrites"

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/04/2016 à 15H20, publié le 18/04/2016 à 11H19
Gilles Guillotin, avril 2016

Gilles Guillotin, avril 2016

© JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Ancien N°2 de la PJ grenobloise, Gilles Guillotin, renvoyé en correctionnelle dans l'affaire Neyret, dénonce dans son livre "33 ans flic pour rien ?" "l'hypocrisie" qui entoure ce dossier de corruption policière. Michel Neyret, ancien numéro 2 de la PJ de Lyon et huit autres personnes, dont Gilles Guillotin, doivent être jugés du 2 au 24 mai à Paris.

Cette affaire judiciaire et médiatique hors du commun a récemment fait l'objet d'un livre, celui du journaliste Richard Schittly "Commissaire Neyret. Chute d'une star de l'antigang" (Ed. Tallendier, mars 2016). 

Dans "33 ans flic pour rien?" (éditions Temporis, paru le 22 avril), Gilles Guillotin raconte "cette belle époque", ses années de flic en région parisienne et à Grenoble, les règlements de comptes entre caïds, les interceptions de "Go Fast" et la difficile gestion des "indics" dans les affaires de stups. Un récit ponctué par sa mise en cause dans l'affaire Neyret, en septembre 2011, et qu'il dit avoir écrit en pleurant, devant le "gâchis": "Pendant 30 ans, t'as fait des tas de choses pour que tout le monde soit fier de toi, et puis voilà..."
Couverture de l'ouvrage "33 ans flic pour rien" de Gilles Guillotin 

Couverture de l'ouvrage "33 ans flic pour rien" de Gilles Guillotin 

© Editions Temporis
Cette affaire, "c'est le bal des hypocrites", répète cet homme de 58 ans depuis un bar face à l'ancien palais de justice de Grenoble. C'est là, en 1978, que ce fils de CRS a commencé sa carrière, en pleine affaire des filles de Grenoble, premier grand dossier de proxénétisme en France.

Dans son livre, Gilles Guillotin voit à l'origine de cette affaire un règlement de comptes au sein de la police doublé d'un écran de fumée lancé par le pouvoir politique pour faire oublier l'affaire Bettencourt. Mis en examen pour trafic de stups, suspendu de la police, il passe six mois "au fond du trou" puis prend sa retraite à l'automne 2012. "Cela ne serait pas arrivé, je serais resté encore dix ans dans la police", raconte-t-il. Interdit d'entrer en contact avec ses anciens collègues, il laisse arme,  menottes, gilet pare-balles "sur le coin d'une table d'un bar". Ses affaires personnelles sont déposées peu après dans son jardin : "33 ans de police, deux cartons", s'étrangle-t-il.
   
Aujourd'hui responsable de la sécurité des Brûleurs de Loups, l'équipe de hockey de Grenoble, il a toujours du mal à "décrocher" de sa "passion", et admet revoir d'anciens informateurs qui "me sont restés relativement fidèles, eux". "Les relations police-indics c'est pas comme on dit dans les manuels, très froid, très glacial, chacun de son côté. Ça marche à l'affectif", raconte-t-il. Dans son livre, il consacre de longues pages à cette gestion compliquée des "tontons", qu'il faut protéger tout en se protégeant soi.

Quant à Neyret, Gilles Guillotin lui a gardé "une admiration certaine" mais "un peu moindre quand même parce que, depuis cinq ans, je suis dans la merde". "Neyret a été encensé par sa direction pendant des décennies pour des résultats qui fonctionnaient, atteints avec des méthodes que tout un chacun connaissait. Sa hiérarchie bien sûr mais aussi les magistrats, les parquetiers, les politiques", écrit-il. "Toute cette hypocrisie m'a rendu fou", ajoute l'ancien commandant de police, qui reconnaît une certaine "appréhension" à l'approche du procès : "Trois semaines sur le banc des accusés quand on a été flic pendant 30 ans, ça va être compliqué." Mais "la sanction, je l'ai déjà eue", assure-t-il : "j'ai perdu ma passion, mes amis, mon travail, le goût des choses, la foi en l'être humain. Au pire, on me reconnaît coupable, j'ai fait quoi ?" À l'hôtel de police de Grenoble, beaucoup lui gardent leur amitié. 

Les principales dates de l'affaire MICHEL Neyret

Mai 2011 : la PJ de Paris s’intéresse à un réseau international de trafic de drogue. 111 kg de cocaïne sont saisis au domicile d’une princesse saoudienne. Le nom de Michel Neyret apparaît lors d’écoutes téléphoniques.
29 septembre 2011 : interpellé à son domicile de l’Isère par la "Police des polices" et placé en garde à vue pour soupçons de corruption dans une affaire de trafic de stupéfiants. L’enquête se poursuit et accable Michel Neyret. On le soupçonne notamment de fournir des informations à certaines figures du milieu et d’accepter des faveurs de leur part : voyages, montres de luxes, prêt de voiture de luxe…Il est également soupçonné de prélèvement sur de la drogue saisie afin de "récompenser" ses indics…
3 octobre 2011 : Michel Neyret est mis en examen pour corruption, trafic d’influence, violation du secret professionnel, recel de vol, trafic de stupéfiants, détournement de scellés, détournement de biens par personne dépositaire de l’autorité publique, association de malfaiteurs. Il est écroué à la maison d’arrêt de la Santé. Il reste incarcéré pendant 8 mois. Remis en liberté le 23 mai 2012, il est soumis à un strict contrôle judiciaire.
7 septembre 2012 : Michel Neyret est révoqué de la police par Manuel Valls.
2 mai 2016 : ouverture de son procès devant le tribunal correctionnel de Paris. Il risque jusqu’à 10 ans de prison. Outre Michel Neyret, 8 personnes comparaîtront dans cette affaire : son épouse Nicole, trois de ses anciens subordonnés, un avocat et trois membres présumés du milieu lyonnais.