Écrivain fantôme ou le très lucratif métier de nègre littéraire

Par @Culturebox Rédacteur en chef adjoint de Culturebox
Mis à jour le 20/02/2017 à 14H10, publié le 20/02/2017 à 12H29
L'écrivain Jean-François Kervéan nègre de Loana et de Nabilla

L'écrivain Jean-François Kervéan nègre de Loana et de Nabilla

© France2/culturebox

Derrière les best-sellers se cachent parfois ceux que l'on nomme les écrivains fantômes, ces hommes ou ces femmes qui "prêtent" leur plume aux auteurs dans la lumière. Les "nègres littéraires" employés pour des romans ou pour des autobiographies sont très prisés. Un métier de l'ombre qui peut rapporter gros.

La plupart du temps, leur nom n'apparaît qu'en tout petit au début ou à la fin du livre dans une phrase où ils sont "ramenés" à l'état de collaborateur. C'est le sort des écrivains fantômes qui écrivent dans l'ombre d'un grand écrivain ou d'un poltique.

Maquet, le plus célèbre des anonymes

Depuis Alexandre Dumas, on les appelle aussi des "nègres littéraires". En effet, l'auteur des "Trois Mousquetaires", descendant d'esclaves avait été accusé à l'époque d'employer des collaborateurs qu'il "rabaissait à la condition de nègres travaillant sous le fouet d'un mulâtre". 

Qui se souvient aujourd'hui d'Auguste Maquet ? Et pourtant ce romancier et dramaturge a collaboré avec Alexandre Dumas sur des oeuvres comme "Les trois Mousquetaires", "La Reine Margot",  ou "Le Comte de Monte Cristo" notamment, au point d'enrevendiquer la paternité jusque sur les murs de son caveau au Père Lachaise. Une revendication qui avait fait l'objet de procès retentissants à l'époque. Une histoire racontée sur grand écran par Safy Nebbou dans "L'autre Dumas" avec Benoît Poelvoorde dans le rôle de Maquet et Gérad Depardieu dans celui d'Alexandre Dumas. Un thème du nègre littéraire abordé plus récemment par Roman Polanski dans "Ghost Writer".

Reportage : L.Hakim, G.Michel, L.Calvy, A-C.Bequet

Le métier de nègre consiste à donner des idées aux cons et à fournir un style aux impuissants

Bruno Tessarech

Il y a 15 ans, Bruno Tessarech dénonçait en termes crus le métier de nègre dans son livre "La machine à écrire" (Babelio). Aujourd'hui, ce professeur de philosophie raconte dans "Art nègre" (Babelio)sa carrière de plume de l'ombre et dévoile qu'il a écrit pour Nicolas Hulot, Laurent Gerra et bien d'autres. Il ne cache pas qu'il s'agit d'un activité lucrative quand les ventes sont au rendez-vous (le "nègre" touche 2 ou 3 % sur le prix du livre). "Quand je n'arrive pas à écrire pour moi (sic), j'accepte les travaux de co-auteur. C'est formidable, ça me permet d'écrire sans me poser trop de questions. Oui il y a une forme de fainéantise dans ce travail".

Pour un livre vendu 20€ à un million d'exemplaires, l'écrivain fantôme peut espérer toucher jusqu'à 3% du produit des ventes soit 600 000 euros.

Un statut assumé

Je n'ai jamais eu honte de travailler avec les gens pour lesquels j'ai fait des livres, ni Nabilla ni personne d'autre

Jean-François Kervéan

Nabilla, Loana,  Jean-François Kervéan s'est fait "une spécialité" des personalités de la télé-réalité. Cet auteur, qui vient de publier son 6e roman sous son nom, assume complètement ses choix même s'il pense que certains lecteurs pourraient refuser de le lire parce qu'il est le nègre de Nabilla.Jean-François Kervéan qui a aussi écrit pour Michel Drucker et Hervé Villard de conclure de manière franche et lucide : "Le nègre des stars est riche!".