Disparition d'André Fontaine, ancien directeur du Monde

Par @Culturebox
Publié le 18/03/2013 à 09H24
André Fontaine, ancien directeur du Monde

André Fontaine, ancien directeur du Monde

© AFP/PHILIPPE WOJAZER

André Fontaine, ancien directeur du Monde, décédé dimanche à l'âge de 91 ans, était un journaliste érudit, passionné par la Guerre froide et la géostratégie.

Né à Paris en 1921, cet homme policé était un des quatre "mousquetaires" d'Hubert Beuve-Méry, fondateur du Monde avec Jacques Fauvet, ex-directeur lui-aussi du célèbre quotidien, son éditorialiste Pierre Viansson-Ponté et Bernard Lauzanne, qui en fut rédacteur en chef.  Après des études de lettres et de droit, André Fontaine débute sa carrière de journaliste à Temps Présent avant de rejoindre le "quotidien de la rue des Italiens" qui déménagera rive gauche près de 50 ans plus tard, sous sa direction. Journaliste titulaire en 1947, il gravira les marches de la hiérarchie, devenant chef du service étranger en 1951, puis rédacteur en chef de 1969 à 1985. Il sera le quatrième directeur du Monde de 1985 à 1991, succédant à André Laurens. 
Réunion de la Direction du Monde en 1970. Alors rédacteur en chef, André Fontaine est au centre de la photo entre Jacques Fauvet et André Laurens.

Réunion de la Direction du Monde en 1970. Alors rédacteur en chef, André Fontaine est au centre de la photo entre Jacques Fauvet et André Laurens.

© AFP
Esprit rigoureux, André Fontaine cultivait un art de la synthèse, qui agaçait certains mais forçait l'admiration. Passionné par les rapports est-ouest, il y consacrera plusieurs ouvrages, dont une Histoire de la Guerre froide en deux volumes en 1967 que le Seuil rééditera en 1993. "Un seul lit pour deux rêves" (1981) deviendra une référence sur la période de la détente. En 1995, il publie "Après eux le déluge", où il pointera avant bien d'autres la menace des extrémistes, notamment islamistes. Il reviendra sur l'affrontement bipolaire USA-URSS en 2004 avec un ouvrage de plus de 500 pages, "La tache rouge, le roman de la Guerre froide".
   
Austérité et honneurs

"C'était un parfait vulgarisateur des complexes questions de politique étrangère", a estimé un de ses anciens collaborateurs, aujourd'hui retraité, qui salue "l'oeil aiguisé que Fontaine posait sur les papiers envoyés par les correspondants de l'étranger". Les cheveux sont bruns, peignés en arrière d'un front légèrement dégarni, la mise est soignée, mais sans ostentation. La voix posée, quelquefois 
agaçante, pointent ses détracteurs qui disent d'André Fontaine que son "aura à l'extérieur du journal est proportionnelle à la méfiance, voire à l'irritation qu'il suscite en interne". 

Sous une apparente austérité, l'homme est affable et ne dédaigne pas les honneurs, savourant de nombreuses récompenses, comme le Prix des Ambassadeurs, ou celui de la Fondation Pierre Lafue qui couronne les ouvrages d'histoire contemporaine. En 1979, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, il déclinera l'offre du poste d'ambassadeur à Pékin. Il a reçu, entre autres médailles, celle de l'Ordre de l'Infant Enrique, la plus haute distinction du Portugal. 

Crise au Monde

Comme directeur du Monde, il a du gérer une des premières crises de l'histoire du journal et se résoudre à faire entrer des capitaux extérieurs dans le temple de l'indépendance journalistique. Des investisseurs privés "nombreux et à petites doses pour préserver cette indépendance", disait-il alors. Sous sa houlette, l'effectif salarié sera réduit de 20%. Mais il lancera le premier supplément en couleur et parviendra à rajeunir un lectorat à l'époque déjà vieillissant. 

André Fontaine se revendiquait "chrétien pratiquant", se disant "plutôt contemplatif" et considérant toute forme de création humaine comme "transitoire". "Je me dis que si tout ce transitoire a déjà cette plénitude, il doit y avoir derrière quelque chose d'inouï", déclarait-il au journal La Croix en 1983.