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Ce soir, à 20h50

Des mots, des vins, des bouquins

Publié le 08/11/2013 à 17H58, mis à jour le 08/11/2013 à 18H09
Jay McInenrney

Jay McInenrney

© David Howell
Depuis quelques années les bulles ont investi le vin. La bande dessinée arpente les pentes de vignobles avec gourmandise. Non seulement le vin fait causer, il fait aussi dessiner et chroniquer. L’automne est propice aux récoltes et aux vins nouveaux, mais aussi aux vendanges de nouveautés. Démonstration en trois bouquins, deux BD et un recueil de chroniques, aux bouquets variés.
Mimi, Fifi et Glouglou
Trois, c’est le chiffre idéal pour ce livre qui fait pétiller tous les esprits amoureux du partage de bonnes bouteilles. « Mimi, Fifi et Glouglou » est un savoureux, un bel ouvrage plus qu’une BD. Un livre, comme sait les confectionner la maison d’éditions de l’épure. Elle nous offre depuis des années de belles propositions avec sa collection « 10 façons de préparer », un produit. Belle couleurs, beau papier, reliure soignée pour petit format.

Couverture de  "Mimi, Fifi et Glouglou"
© DR


Pour ce « Mimi, Fifi et Glouglou »  grand format, Michel Tolmer a décidé de jouer avec ses trois personnages façon sketch frontal à la « Deschiens », en 60 planches de 7 cases et trois personnages. Le grand Mimi, le petit Fifi et le gros Glouglou se retrouvent pour déguster tout ce que la terre produit de vin. Leur passion se révèle une  véritable obsession. Du trop sérieux de leur pratique sort un jus gorgé d’humour et de caricature subtile et tranchée tout à la fois. Prétention, ignorance et jeux d’influences se mélangent au fond des verres. Michel Tolmer prend le risque de froisser ceux qui se reconnaîtront dans ces dégustations à l’aveugle, de ceux qui se croient sortis de la cuisse de Bacchus, de ceux qui ne pensent qu’à çà, boire et reboire.

Mais tout amoureux du vin et surtout de la dégustation se retrouvera dans cette jubilation de partager ces moments de découvertes, de joies ou de déception face à une bouteille. La quête du Graal ne passe pas toujours par des grands discours d’œnologue qui vous font fermenter et mal virer vos complexes d’amateurs. Pas de panique «  c’est une bombe », allez-y « les doigts dans le nez » vous vous régalerez.
 
Chroniques de la vigne
 
Toujours au chapitre BD et vin, « chroniques de la vigne » de Fred Bernard aux éditions Glénat est une sorte de journal de sa relation privilégiée avec son grand père bourguignon. Conversation avec « papy Nonoche » sur fond de paysages en aquarelles des vignes de Savigny les Beaune. Des anecdotes familiales aux planches pédagogiques sur le vignoble bourguignon, la plume et les pinceaux de Fred Bernard naviguent d’une intention à l’autre. Des grivoiseries du grand père aux méthodes de cultures en passant par les terroirs et l’histoire, ce livre est un peu comme un carton à chaussures retrouvé en haut de l’armoire ou plutôt à l’entrée de la cave… à vin. A l’intérieur en vrac des photos, des dépliants, des objets, autant de souvenirs disparates d’une maison de famille de Savigny les Beaune.

 
Bacchus et moi
 
On connaissait peu en France les talents vineux du romancier Jay McInerney. La compilation et la traduction par Sophie Brissaud des chroniques publiées dans un premier temps par le romancier dans The Wall Street Journal nous ouvrent d’autres horizons du monde du vin. Avec « Bacchus et moi », Jay McInerney nous emmène en exploration des peuples du vin tout autour du monde. Nous sommes loin de simples compte rendus de dégustations ou de portraits de viticulteurs.

Le romancier new yorkais nous raconte à sa façon toujours très imagée et vivante ses pérégrinations dans les territoires à forte teneur qualitative vineuse. Par les choix des thèmes de ses chroniques, Jay McInerney nous confirme son goût pour le luxe. Il avoue en bon anglo-saxon, son faible pour les grands Bordeaux, Cheval blanc, son préféré, Haut-Brion, reconnu lors d’une dégustation à l’aveugle et comme il l’écrit « impossible à confondre avec un autre ». « Un Haut-Brion bien mûr sent la boite de cigares contenant un Montecristo, une truffe noire et une brique chauffée à blanc et posée en équilibre sur une vieille selle. Il est profond et complexe comme un sonnet de Shakespeare. Une fois qu’on en a bu, on ne l’oublie plus jamais et le désir d’en reboire ne nous quitte plus. »

Certes, mais ce n’est pas donné à tout le monde d’accéder à ces nectars souvent hors de prix. Mais là n’est pas la question. Ces chroniques très cultivées et pleines de détails résonnent comme des petites nouvelles aux personnages bien campés et aux noms prestigieux dans les rangs de vignes : à l’exemple de Michel Chapoutier pour ses Hermitage ou Christine Vernay pour son remarquable travail du Condrieu.

La couverture de "Bacchus et moi" de Jay Mc Inerney
© DR


Le point de vue Etats-unien du chroniqueur nous permet à nous Français de déplacer notre centre de gravité et de nous laisser porter sous d’autres latitudes avec confiance : Italie, Espagne, Chili, Argentine ou Napa Valley en Californie. Pour Mac Inerney, la vie du vin est un prétexte où chaque personnage est bien réel et le contenu de chaque verre toute une histoire. Il décomplexe cet univers utilisant des comparaisons loin du vocabulaire œnologique pour partager ses sensations.

Ainsi le Condrieu lui fait penser aux « Gauguin de la période tahitienne », le barbera d’Asti , « c’est Angelina Jolie » tandis que « le barbera d’Alba c’est Grace Kelly ». Le Chablis bourguignon en comparaison de celui produit en Californie se voit comparé à « Layla » d’Eric Clapton en version acoustique.

Ecoutez les petites musiques de Jay McInerney, elles aiguiseront votre curiosité et votre hédonisme.
 

 
« Mimi, Fifi et Glouglou » de Michel Tolmer, éditions de l’épure
« Chroniques de la vigne » de Fred Bernard, éditions Glénat
« Bacchus et moi » de Jay McInerney, éditions de la Martinière