Mort de Simone Veil, mère de la loi sur l'IVG et académicienne

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/06/2017 à 18H19, publié le 30/06/2017 à 10H56
Simone Veil, alors ministre de la Santé, le 1er janvier 1974

Simone Veil, alors ministre de la Santé, le 1er janvier 1974

© AFP

L'ancienne ministre Simone Veil, qui avait porté la loi sur l'interruption volontaire de grossesse en 1974, est décédée vendredi matin à l'âge de 89 ans, a annoncé son fils Jean Veil. Rescapée des camps de la mort, elle était entrée à l'Académie française en 2010.

"Ma mère est morte ce matin à son domicile. Elle allait avoir 90 ans le 13 juillet", a indiqué l'avocat Jean Veil.

Simone Veil, cette défenseure des droits des femmes, était rescapée des camps de la mort, où elle avait été déportée à 16 ans. De tous les combats depuis plus d'un demi-siècle, de la mémoire de la Shoah à l'interruption volontaire de grossesse, en passant par la construction européenne, elle avait été une des rares femmes engagées en politique dans les années 1970. 

En saluant la mémoire de Simone Veil ce vendredi, la philosophe féministe Elisabeth Badinter a rappelé que celle-ci "a gagné et incarné le combat le plus fondamental pour les femmes, celui de la libre disposition de leur corps". "Ce faisant, elle a permis aux Françaises d'accéder à une liberté sans précédent dans notre Histoire", a-t-elle ajouté à l'AFP dans une allusion à la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), que Simone Veil a portée. "Elle a mené ce rude combat avec une dignité et un courage exemplaires, qui lui ont valu le respect de tous et, en particulier, une affection sans borne des femmes."

Présidente du parlement européen et membre du Conseil constitutionnel, elle avait inspiré le respect de la classe politique, jusque chez ses adversaires.

Elle avait porté son engagement en politique, mais aussi sur le terrain des lettres même si elle affirmait, au moment de son entrée à l'Académie française en 2010, "n'avoir aucune prétention littéraire", s'étonnant d'être conviée au sein du "temple de la langue française".

Sur son épée d'Immortelle, elle avait fait graver son matricule tatoué à Auschwitz, la devise française et celle de l'Union européenne - "Unie dans la diversité" -, résumant son itinéraire et ses engagements successifs.
 

En 2007, celle qui exerçait en tant que présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah avait publié son autobiographie : "Une Vie" (chez Stock). Elle y racontait son engagement féministe, ses convictions d'athée, mais surtout l'atrocité des camps et une vie qu'il avait fallu reconstruire.

Sur son épée d'Immortelle, elle avait fait graver son matricule tatoué à Auschwitz, la devise française et celle de l'Union européenne - "Unie dans la diversité" -, résumant son itinéraire et ses engagements successifs.
 
Livre "Une vie" © Stock

Du gouvernement au Conseil constitutionnel, puis à l'Académie

Née le 13 juillet 1927 à Nice, fille d'un architecte et benjamine de quatre enfants, Simone Jacob est arrêtée le 30 mars 1944 à Nice, elle transite par le camp de Drancy avant d'être déportée à Auschwitz-Birkenau avec sa sœur Madeleine et sa soeur Denise. Les trois soeurs sont les seules survivantes de la famille, puisque leur père, leur mère et leur frère ne sont pas revenus des camps.

Mariée en 1946 avec Antoine Veil, futur inspecteur des finances, elle entre dans la magistrature et elle est la première femme à devenir secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature, en 1970. Elle est ministre de la Santé de 1974 à 1978 dans les gouvernements Chirac et Barre. Elle défend la "loi Veil", promulguée le 17 janvier 1975, qui autorise l'avortement en France après des débats houleux.

De 1979 à 1982, elle est la première présidente du parlement européen, avant de revenir au gouvernement comme ministre d'Etat, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, numéro deux, dans le gouvernement Edouard Balladur. Elle siège au Conseil constitutionnel de 1998 à 2007 avant d'être élue en 2008 à l'Académie française, où elle entre en 2010.

France 2 bouleverse ses programmes et rend hommage à Simone Veil en programmant vendredi  soir à 20h55, à la place de la série Candice Renoir,  le documentaire "Un Jour Une Histoire : Simone Veil, l'instinct de vie" réalisé par Laurent Delahousse, Sarah Briand, Frédéric Martin et Alexis Guillot.