Décès de l'éditeur Maurice Nadeau

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/06/2013 à 11H26, publié le 17/06/2013 à 08H45
Maurice Nadeau en avril 2011

Maurice Nadeau en avril 2011

© Pierre Verdy / AFP

L'éditeur Maurice Nadeau, qui avait créé la revue Quinzaine littéraire et découvert Samuel Beckett, Georges Perec ou encore Michel Houellebecq, est décédé dimanche chez lui à l'âge de 102 ans, a annoncé lundi son fils Gilles Nadeau.

"Mon père est décédé dimanche à 18 heures chez lui, entouré des siens. Les obsèques auront lieu en Seine-et-Marne mais un hommage lui sera rendu à Paris",  a ajouté Gilles Nadeau, sans préciser la date.

"Toute la rédaction de La Quinzaine littéraire est sous le choc, il va  falloir lui trouver un successeur mais nous allons poursuivre son oeuvre", a  assuré Gilles Nadeau.
 
Un dénicheur au grand flair
Né le 21 mai 1911 à Paris, Maurice Nadeau avait notamment contribué à découvrir et édité des auteurs comme Samuel Beckett, Henry Miller, Witold Gombrowicz, Alexandre Soljenitsyne, Georges Pérec et plus récemment Michel Houellebecq, dont il avait publié le premier roman, "Extension du domaine de la lutte", en 1994.

"Pendant toute ma vie, j'ai toujours eu la bonne place pour découvrir des écrivains. J'étais à l'affût, j'écoutais, je lisais beaucoup, des manuscrits, les revues, la presse étrangère", expliquait-il en 2011 à l'AFP, au moment de son centième anniversaire.

Mi-mai, Maurice Nadeau, fondateur et directeur de la Quinzaine littéraire, avait encore proposé de créer une société participative pour sauver le journal, confronté à de graves difficultés financières. Et il avait été entendu. "Le pari financier semble réussi, même s'il va falloir apporter des changements et nous poursuivrons son oeuvre", a assuré lundi son fils Gilles Nadeau. 
Maurice Nadeau parle de Flaubert et de Gide (Un livre un jour, France 3, 8 octobre 2002)
 
Orphelin de guerre et normalien
Né le 21 mai 1911, Maurice Nadeau était un orphelin de guerre (son père avait été tué à Verdun) élevé par une mère illétrée.

Il fait ses études à l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud, puis enseigne de 1936 à 1945, avant de se consacrer à la littérature. Il a connu Aragon, Breton, Prévert, et écrit une "Histoire du surréalisme".
 
Militant trotskyste, il est engagé à Combat, journal fondé à la Libération par Pascal Pia. Il en est le directeur littéraire jusqu'en 1951. Il est également critique littéraire à France-Observateur puis à L'Express jusqu'en 1964.
 
Maurice Nadeau travaille dans l'édition, notamment chez Julliard et Denoël, avant  d'ouvrir dans les années 1970 sa propre maison où il publie des textes de René Char, Henri Michaux, Raymond Queneau, Nathalie Sarraute, Claude Simon, Roland Barthes ou Yves Bonnefoy.

L'éditeur de l'impossible
"J'ai été viré de chaque maison parce que je perdais de l'argent, Julliard, Laffont, Denoël... Mais je trouvais toujours  quelqu'un pour me recueillir", disait-il avec bienveillance.

Face aux grands éditeuirs, il incarne les vertus de l'artisanat et de l'indépendance sans concession. Avec moins de dix livres par an, sa maison a rarement eu les honneurs des prix littéraires. Angelo Rinaldi disait de lui : "Il est l'éditeur de l'impossible". Les coups de marketing, les visées  commerciales, ce n'était pas pour lui.

"Ma maison d'édition a toujours frôlé la faillite", relevait-t-il sans  amertume. "C'est difficile d'être indépendant mais je l'ai toujours été".

Malcolm Lowry, ma plus grande découverte
 Il avouait être "très fier" de certains écrivains qu'il avait publiés et parfois défendus contre la censure, comme Henry Miller, qui lui avait donné toute son oeuvre. Il avait aussi écrit le premier article sur Samuel Beckett, ce dont l'écrivain irlandais lui a toujours été reconnaissant. Il a fait connaître Georges Bataille, René Char, Henry Michaux, Claude Simon, édité Lawrence Durell, Witold Gombrowicz et tant d'autres.
 
"Mais Malcom Lowry est ma plus grande découverte. Son roman, ‘Au-dessous du volcan’, c'est l'une des plus poignantes histoires d'amour que j'aie jamais lue", confiait-il. "Georges Perec, aussi, je suis très fier de l'avoir découvert. Il avait été refusé partout. La plupart de ceux que je publiais l'avaient été. Après leur premier succès, ils me quittaient."
 
Ainsi, dès que Michel Houellebecq est sorti de la confidentialité après la publication par Nadeau d'"Extension du domaine de la lutte", en 1994, il a rejoint de plus grosses écuries.

Un passeur, qui disait ne pas être angoissé par la mort
"Je me définis comme un passeur. Jeune, je voulais changer le monde, j'étais un utopiste. Aujourd'hui, je me révolte encore mais je ne risque rien", disait Maurice Nadeau, au soir de sa vie, assurant ne pas être angoissé par l'âge ni la mort, lui qui, à 95 ans, avait dû convaincre un chirurgien "d'oser l'opérer" d'un anévrisme de l'aorte.
 
Membre du jury Renaudot de 1945 à 1969, Maurice Nadeau est aussi l'auteur d'un livre sur le Roman français depuis la guerre (1964), d'une anthologie de la Poésie française (en collaboration, 1970-72). Il a publié plusieurs ouvrages de souvenirs littéraires dont "Grâces leur soient rendues" (1990), "Serviteur !" et "Une vie en littérature" (2002).

Maurice Nadeau est également le père de la comédienne Claire Nadeau.