Corneille : le bouleversant livre témoignage de sa tragédie rwandaise

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/10/2016 à 14H48, publié le 06/10/2016 à 11H23
 "Là ou le soleil disparaît" : le chanteur Corneille sort sa bouleversante autobiographie sur le génocide au Rwanda dans

 "Là ou le soleil disparaît" : le chanteur Corneille sort sa bouleversante autobiographie sur le génocide au Rwanda dans

© France 2 / Culturebox

Le chanteur Corneille, dont les proches ont été massacrés lors du génocide rwandais, livre sa vérité dans une bouleversante autobiographie. "Là où le soleil disparaît" paraît ces jours-ci aux éditions XO

Pour la première fois, le chanteur Corneille revient sur le génocide rwandais, le miracle de sa survie, son espoir infaillible, ses rêves, l'immense succès qui a été le sien, mais aussi ce long recul, ces dernières années, qui lui a été indispensable pour renouer avec son histoire et ses racines. 

Un passage douloureux, introspectif mais finalement libérateur. "Là où le soleil disparait" sort ces jours-ci en librairie. 

Reportage : I. Sabourault / S. Thiebaut / P. Aziza / N. Lachaud / S. Girbal 

Chanter plutôt que pleurer

Longtemps, Corneille a préféré tourner son regard vers la scène, incapable d'affronter le drame de son enfance au Rwanda. Pourtant, derrière le chanteur à succès se cache un homme brisé. "Si je pleurais, je me disais combien de temps ça allait durer ? Je ne voulais pas ouvrir cette brèche-là", confie-t-il.
Il lui aura fallu cinq ans, dont deux sur la seule partie du génocide pour raconter le massacre."Plus j’approchais de ce passage, plus je ralentissais." 

J'ai perdu toute ma famille


Pendant  22 ans Corneille se plonge dans son histoire. Pour le livre qu'il vient de publier, le chanteur québécois a dû revivre cette nuit tragique du 15 avril 1994. "Quand ma mère m'a réveillé, toute ma famille était dans le salon, avec ces hommes armés, et on me demande de m'asseoir. Là, ces hommes commencent à tirer", se souvient-t-il. Il a alors le réflexe de sauter par-dessus le canapé, il sera le seul survivant. "J'ai perdu mon père, ma mère, mes deux frères, ma petite sœur. Perdre le tout en une nuit, c'est mourir un petit peu", dit-il. 
La famille de Corneille assassinée lors du génocide rwandais

La famille de Corneille assassinée lors du génocide rwandais

© France 2 / Culturebox

Me regarder dans le miroir

La nuit qui a suivi le massacre, le petit Corneille reste seul dans le silence morbide. Son premier réflexe est d'aller dans la salle de bain et de se regarder dans le miroir. "J'avais besoin d'un reflet de la personne que je pensais que j'étais", raconte-t-il. 
Il fuit alors vers le Congo voisin et explique avoir peur d'être repéré lui qui est hutu par sa mère et tutsi par son père. "Mon nez n'est pas clairement hutu", confie-t-il en expliquant la ruse qu'il avait trouveé pour ne pas se faire prendre. 

7000 personnes me crient leur amour mais je suis seul

La blessure est béante, et malgré l'amour qu'il reçoit de sa famille adoptive allemande, sa carrière de chanteur, sa nouvelle vie au Canada, Corneille n'arrive pas à se délivrer du chagrin enfoui. "Je me suis dit j'ai un problème je vais être vide toute ma vie",  par amour il décide d'entamer une psychothérapie et la carapace se fendille. Aujourd'hui, le chanteur vit au Canada avec sa femme et leurs deux enfants. "Le jour de notre mariage, elle a pensé à mettre une table à part avec autant de chaises du nombre des membres de ma famille. Grâce à elle ils ont été témoins du début de ma nouvelle vie", révèle-t-il avec émotion. 
Corneille livre © DR

Là où le soleil disparaît - Autobiographie - Corneille - parution 4 octobre 2016 - 19€90 - XO Editions

"En démarrant ce récit, je savais que les pages du génocide et du massacre de ma famille au Rwanda, en 1994, m'attendaient. Je savais qu'écrire cette douleur passée, c'était mettre des petites cuillerées de pili-pili sur la chair encore fraîche d'une plaie que je voulais à tout prix croire fermée. Et, sur le chemin de la rétrospective, j'ai trouvé d'autres plaies. Vives. Brûlantes. Ce livre, il m'aura fallu presque cinq ans pour le finir. "