Claude Patriat brocarde en alexandrins, les jeux de l'amour et du pouvoir

Par @Culturebox Rédacteur en chef adjoint de Culturebox
Mis à jour le 24/04/2014 à 10H34, publié le 23/04/2014 à 17H22
La couverture de "L'annonce faite à Toinette"

La couverture de "L'annonce faite à Toinette"

© Grillot

Le politologue Claude Patriat a choisi un style que l'on croyait disparu pour évoquer les jeux de l'amour et du pouvoir au sommet de l'Etat. "L'annonce faite à Toinette" est une tragi-parodie en alexandrins dont l'action se situe en ...1774, mais vous reconnaîtrez vite des personnages plus actuels. En s'attachant "la collaboration" des classiques, Claude Patriat nous fait rire comme Molière.

Tout d'abord, que les choses soient claires, toute ressemblance avec des personnages vivant ou ayant vécu est ...délibérément fortuite. Le casting, a lui seul en est la preuve:

Il y a là Louis, Roi des François, Chimène, première fiancée de Louis et duchesse du Poitou mais aussi bien sûr Antoinette, Première Dame de France, deuxième fiancée de Louis, et Elvire troisième fiancée de Louis, métromaniaque.

Et puis il y a les hommes du pouvoir : Manolo, lieutenant général de Police du royaume, Johannes Strauss, compositeur et grand financier. Il y a même Boulangeon, responsable des sections populaires de Paris. Vous le voyez l'action se situe bien entre Versailles et la Capitale.... à la veille d'une révolution. 
Caricature de Necker et Louis XVI datant de 1788

Caricature de Necker et Louis XVI datant de 1788

© DR
Que les choses soient claires aussi : le coeur de Claude Patriat penche à gauche et c'est bien là l'origine de ce beau texte. Il avoue avoir été profondément choqué par deux évènements récents : "Le ridicule du congédiement de Valérie Trierweiler par François Hollande". Les mots sont durs, la voix s'enflamme pour dénoncer : "une cour où l'on se partage le pouvoir pour gagner les élections". Et puis l'affaire de la censure du spectacle de Dieudonné par Manuel Valls.

1774 ou 2014 ?
Alors lui le passionné de théâtre classique a convoqué entre autres : Racine, Corneille, Molière, Ronsard, Shakespeare mais aussi deux auteurs bourguignons Crébillon et Piron pour nous faire voyager dans le temps....quoique !!!

Nous sommes en 1774. Les caisses de l'Etat sont vides mais c'est une affiare de coeur qui agite la Cour. Le congédiement d'Antoinette par Louis va être le point de départ d'une cascade d'évènements, d'intrigues et rebondissements dont Manolo et Chimène  seront tour à tour les instigateurs et les victimes, tout comme Elvire qui croisera Johannes Strauss dans une rencontre piège .....

Vous l'aurez compris il n'est guère difficile de transposer cette histoire 240 ans plus tard. Selon le principe de la parodie, Claude Patriat a pris des vers de grands classiques pour les adapter à son histoire. Ainsi, par exemple, quand au début de la pièce, Antoinette seule en scène constate "Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée",  il faut entendre Pauline dans l'acte V de "Polyeucte" de Corneille quand elle annonce qu'elle est devenue chrétienne. Sur les 2136 vers de son oeuvre il en a emprunté ainsi 300 à ses maîtres inspirateurs, déjà loués en leur temps pour l'acuité de leur regard sur le monde.

L'anaphore de François H.: déjà un classique
Claude Patriat a écrit  "L'annonce faite à Toinette" en 3 semaines. Il faut dire que l'actualité avait de quoi l'inspirer: L'anaphore présidentielle de 2012 est déjà un classique !!!
"Moi, Reine, je ferai en sorte à chaque instant
Que mon comportement soit toujours exemplaire,
Et pour tout véhicule aurai simple scooter !
Moi, Reine, je ferai qu’avec ma vie privée
Jamais chose publique n’ira interférer !
Moi Reine, je tiendrai la promesse effectuée
À mon avènement de dire vérité !"
Mais deriière le sourire et même très souvent le rire déclenché par les répliques et les situations des protagonistes de l'histoire, il ne faut pas oublier le regard du fin connaisseur de la "chose politique" qu'est Claude Patriat. "L'annonce faite à Toinette"  est certes une comédie mais, comme le rappelle son auteur, "une comédie n'est jamais qu'une tragédie écrite à l'envers". On a le sentiment que, pour être de la fiction, le récit n'en recèle pas moins des pans de vérité et, qui sait, d'anticipation.
"Lannonce faite à Toinette" © DR


On se prend à rêver que cette tragi-parodie soit enseignée en classe et jouée en public. Elle redonnerait intelligemment et de façon moderne goût aux alexandrins dont on se régale ici. A l'instar des tragédies grecques, elle viendrait aussi rappeller aux jeunes que la Grande Histoire ne s'oppose pas à la petite histoire mais qu'elle se construit à partir d'elle sans qu'on le remarque forcément au début. C'est bien pour cela que rien, dans "L'annonce faite à Toinette", n'est anodin.

Vous pouvez vous procurer "L'annonce faite à Toinette" auprès de Claude Patriat, 59 rue Berbisey, 21000 Dijon
et à la librairie dijonnaise "Au chat curieux", rue des Bons enfants 21000 Dijon au prix de 10 euros;



PS : les liens suggérés par votre serviteur à la droite de cet article sont aussi délibérément fortuits.