Chine : inquiétudes concernant la veuve du Nobel Liu Xiaobo mort jeudi

Par @Culturebox
Publié le 16/07/2017 à 13H08
Liu Xia samedi 15 juillet  lors de la dispersion en mer des cendres de son mari Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix.

Liu Xia samedi 15 juillet  lors de la dispersion en mer des cendres de son mari Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix.

© SHENYANG MUNICIPAL INFORMATION OFFICE / AFP

Où se trouve la poétesse Liu Xia ? Qu'est devenue la veuve du dissident chinois et prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo mort jeudi en captivité des suites d'un cancer ? Leurs amis, qui ne parviennent plus à joindre Liu Xia, manifestent leur inquiétude.

Dernières images, celles des funérailles

Les autorités ont diffusé samedi des images la montrant lors des funérailles de son époux et lors de la dispersion de ses cendres en mer. "Nous sommes très inquiets. Nous avons vu sur les photos des autorités lors des funérailles qu'elle est faible et affectée. Elle semble la personne la plus triste au monde", s'alarme Hu Jia, un militant basé à Pékin et proche de Liu Xia. "Si je pouvais la voir, j'essaierais de la réconforter."

Atteint d'un cancer en phase terminale, le prix Nobel Liu Xiaobo avait demandé à pouvoir quitter la Chine pour aller se soigner à l'étranger. Certains de ses amis pensent qu'il espérait en fait pouvoir mettre son épouse en lieu sûr. Mais le gouvernement ne l'avait pas autorisé à partir.

Mort jeudi à 61 ans d'un cancer du foie, Liu Xiaobo, ancienne figure de proue du mouvement démocratique de la place Tiananmen en 1989, avait été récompensé par le comité Nobel pour "son long combat non-violent pour les droits humains fondamentaux en Chine". 

Emprisonné dans son pays pour subversion, il n'avait pu aller chercher le prix, et son fauteuil était resté vide lors de la cérémonie à Oslo. Bien qu'elle ne soit pas engagée en politique, son épouse faisait l'objet d'une surveillance politique depuis cette attribution du prix Nobel en 2010.
Liu Xiaobo et son épouse Liu Xia en 2002 à Pékin.

Liu Xiaobo et son épouse Liu Xia en 2002 à Pékin.

© Liu Family / AFP

 

Liu Xia n'a pu que rarement quitter son appartement depuis 7 ans

Ces sept dernières années, Liu Xia n'a été autorisée à quitter son appartement de Pékin que pour rendre visite à ses parents ou à son mari dans sa prison de la province de Liaoning (nord-est), où il purgeait une peine de 11 ans de détention avant d'être hospitalisé début juin.

Après avoir perdu coup sur coup ses parents, son père l'année dernière et sa mère cette année, Liu Xia, très isolée, était apparue dépressive.

"Il n'y a pas de priorité plus grande que de faire sortir Liu Xia. Le fait que les autorités aient diffusé les images de la torture qu'elle subit illustre cette urgence", souligne Sophie Richardson, directrice pour la Chine de l'ONG Human Rights Watch. "Ils diffusent sur de nombreux canaux de communication et dans plusieurs langues des images et des vidéos d'elle en train de faire ce que les autorités veulent qu'elle fasse, tout en ne la laissant pas parler librement et en la maintenant sans fondement en résidence surveillée", a-t-elle dénoncé.

Témoignages contradictoires et questions

Samedi, Zhang Qingyang, un responsable de la municipalité de Shenyang, a affirmé que Liu Xia était "libre", sans dévoiler où elle se trouvait. Un autre ami du couple, Ye Du, a dit avoir eu pour la dernière fois la famille vendredi matin, mais qu'elle semblait nerveuse et refusait de parler des arrangements pris pour les funérailles. "Liu Xia est clairement contrôlée", a dit Ye Du à l'AFP, en précisant que les "activités du deuil" étaient aussi l'objet d'un "contrôle étroit".

Samedi, le frère aîné du dissident défunt a cependant assuré lors d'une conférence de presse organisée par les autorités que celles-ci avaient organisé les funérailles "selon la volonté des membres de la famille" et que sa veuve était tellement peinée qu'elle pourrait devoir être hospitalisée. Mais leurs proches ont dit qu'il était impossible de vérifier si la famille avait effectivement été consultée, relevant que les deux frères n'étaient pas d'accord sur le plan politique.

Patrick Poon, spécialiste de la Chine à Amnesty International, a indiqué de son côté que Liu Xia, 56 ans, souffrait de dépression et de problèmes cardiaques, et que l'incapacité de ses amis à la joindre était "étrange". "Pourquoi refuserait-elle soudainement de communiquer avec ses amis à un moment où elle a besoin que les autres la réconfortent?", a-t-il demandé.