Niki de Saint Phalle, une biographie pour comprendre l'oeuvre

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Publié le 06/11/2014 à 17H35
A droite, Niki de Saint-Phalle dans les années 1970, à gauche, la couverture de sa biographie par Catherine Francblin ("Niki de Saint Phalle, la révolte à l'oeuvre")

A droite, Niki de Saint-Phalle dans les années 1970, à gauche, la couverture de sa biographie par Catherine Francblin ("Niki de Saint Phalle, la révolte à l'oeuvre")

© Ginies / SIPA

Pour éclairer et approfondir la belle rétrospective qui est consacrée à l'artiste franco-américaine au Grand Palais, "Niki de Saint Phalle, la révolte à l'œuvre" de Catherine Francblin est un ouvrage indispensable.

"Niki de Saint Phalle, la révolte à l'oeuvre" n'est pas un "beau livre", même s'il comprend quelques photos de l'artiste et de ses œuvres. C'est une biographie dense et très documentée, qui raconte la vie et la genèse de l'œuvre de la créatrice des "Nanas" et du Jardin des Tarots.
 
Née en France d'un père français et d'une mère franco-américaine, elle passe son enfance aux Etats-Unis même si elle vient voir ses grands-parents en France. Une enfance marquée par le viol infligé par son père quand elle a onze ans.
 
Une envie frénétique de créer pour vaincre l'angoisse
 
Quand elle retourne en France avec son premier mari Harry Mathews au début des années 1950, elle est internée à Nice et, à l'hôpital, elle est prise d'une "pressante envie de peindre" selon ses propres mots. Elle se met à le faire de façon frénétique et s'aperçoit que cela soulage ses angoisses.
 
A partir de là, Niki de Saint Phalle ne va pas cesser de créer, déployant une force presque surhumaine, même quand elle sera malade des poumons ou prise de douleurs articulaires atroces et handicapantes.
 
Elle exorcise aussi ses démons avec ses fameux "tirs" sur des tableaux où des poches de peinture percées par les balles viennent colorer la surface de plâtre. Ces performances jouissives qui ont un succès phénoménal lui permettent de tirer sur son enfance, sur sa famille, sur les institutions, sur "tous les hommes".
 
D'ailleurs, elle dira : "J'ai eu la chance de rencontrer l'art parce que j'avais, sur un plan psychique, tout ce qu'il fallait pour devenir une terroriste."
 
Un chantier de 15 ans pour faire pousser le Jardin des Tarots
 
Témoignage de sa rage sans bornes, le chantier titanesque du Jardin des Tarots, en Toscane, dont elle dira qu'"aucun sacrifice n'était trop grand pour lui" et qu'elle conçoit comme un "jardin du bonheur". Petite, elle avait "décidé d'être une héroïne", pourquoi pas une "Napoléon en jupons". Avec l'aventure de ce jardin, elle devient une espèce de héros de l'art au féminin.
 
Pendant près de 15 ans, elle y érige des statues monumentales représentant les 22 atouts du jeu de tarots, y passant souvent des semaines dans des conditions plus que spartiates. Ces sculptures, comme "L'Impératrice", peuvent incarner un corps de mère où on a envie de rester.
 
L'œuvre de Niki de Saint Phalle sera toujours le fruit d'une dualité entre une vision optimiste, avec par exemple les formes et les couleurs des Nanas, et d'une vision grave, dont témoignent ses tableaux de la fin des années 1950 où s'incrustent des outils tranchants. "Mon œuvre est autobiographique. J'ai essayé de mettre toujours dans mes œuvres ce que je ressentais sur le moment", déclarait-elle en 1993.
 
Une artiste hyperactive
 
Le livre raconte la frénésie d'une artiste hyperactive qui court constamment d'une galerie à un musée, imaginant et réalisant des centaines d'œuvres à toute vitesse. Son catalogue général compte plus de 3500 créations, note Catherine Francblin, ce qui représente environ deux œuvres par semaine en moyenne sur l'ensemble de sa carrière. Une énergie comparable à celle d'un Matisse ou d'un Picasso, selon l'auteur.
 
Niki de Saint Phalle pense que l'art peut sauver le monde. Très tôt, elle a défendu les droits des Noirs aux Etats-Unis et un de ses derniers engagements sera celui contre le sida. L'artiste dit vouloir apporter de la joie et aime être en contact avec le public, préférant avoir une œuvre exposée dans une gare que dans un musée.
 
La biographie de Catherine Francblin raconte pas à pas cette aventure jusqu'à la Californie où elle a passé ses dernières années, elle raconte aussi sa collaboration avec le sculpteur suisse Jean Tinguely, son deuxième mari, qui s'est poursuivie au-delà de leur séparation, ou encore la révolte d'une enfant d'aristocrates contre l'éducation et les valeurs qu'elle a reçues.
 
Le livre réhabilite l'artiste dans sa complexité. Publié à la fin de l'an dernier, il reste largement d'actualité, au moment où le Grand Palais rend hommage à l'artiste franco-américaine, à son engagement et à sa radicalité.
 
Critique et historienne de l'art, Catherine Francblin a publié un ouvrage de référence sur les Nouveaux réalistes et plusieurs monographies consacrées à des artistes contemporains comme Daniel Buren et Bertrand Lavier.
 
Niki de Saint Phalle, la révolte à l'œuvre, Catherine Francblin (Hazan, 448 pasges, 29 euros).