Loubna Adibar, "La Dangereuse" : "J'ai trouvé beaucoup d'amour en France"

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/05/2016 à 12H28, publié le 25/05/2016 à 12H27
Saluée pour son rôle de prostituée  dans "Much Loved", Loubna Abidar a dû faire face à un déchainement de violence  dans son pays natal, le Maroc.

Saluée pour son rôle de prostituée  dans "Much Loved", Loubna Abidar a dû faire face à un déchainement de violence  dans son pays natal, le Maroc.

© LIONEL BONAVENTURE / AFP

Héroïne du film "Much Loved", l’actrice marocaine Loubna Abidar sort "Dangereuse" (chez Stock), un livre co-écrit avec Marion Van Renterghen, grand reporter au Monde. La comédienne, réfugiée en France depuis six mois, y raconte son parcours hors-norme et la violence dont elle a été victime au Maroc, où le film de Nabil Ayouch, qui parle de prostitution, a été interdit.

Applaudie au Festival de Cannes 2015 où Muche Loved était en compétition, Loubna Abidar n’a pas pu savourer cette reconnaissance. Au Maroc, son pays natal, le film de Nabil Ayouch dans lequel elle incarne une prostituée, a été interdit de diffusion pour "outrage aux valeurs morales et à la femme marocaine". Après Cannes, l’équipe du film et Loubna en particulier ont subi un torrent d’insultes, de menaces de mort. Le 5 novembre 2015, l’actrice est violement agressée par 3 hommes qui la tabasse. Ce soir là, l’accès aux hôpitaux lui sera refusé et des policiers, elle s’entendra dire : "Adibar ! Ils t'ont frappée ? Est-ce qu'au moins ils t'ont violée ?!". Dès le lendemain, elle décidera de quitter le Maroc, laissant son époux et sa fille, pour se réfugier en France.
 
A partir de là, Loubna Abidar a voulu raconter son parcours. Avec la journaliste et grand reporter au Monde Marion Van Renterghen, elle a signé "La Dangereuse", résultat d’une série d’entretiens dans lesquels elle évoque son enfance marquée par la pauvreté et la violence. Invitée du Soir 3 de Patricia Loison, l’actrice défend aussi un autre rôle et un autre destin pour les femmes du Maghreb, un destin qui ne soit pas dicté par les hommes. 

Loubna Abidar est née à Marra­kech d'une mère arabe et d'un père amazigh (berbère). Ainée d’une fratrie de trois enfants (un frère et une sœur), elle grandit dans un climat de violence perpétrée par son père, sans travail. Une violence sont elle porte encore les marques et les cicatrices sur le corps et contre laquelle elle se rebellera à 14 ans, mettant le « patriarche » à la porte. Pour gagner sa vie, elle devient danseuse orientale dans les restos branchés de Marrakech. C’est là qu’elle rencontre Claude Challe, un célèbre DJ français, fondateur du Buddha Bar. Loubna a 16 ans, il en a soixante ans. Elle l’épouse ("A l’époque, je n’avais pas le choix, car mes parents ne pouvaient pas m’aider : c’était me prostituer… ou me marier") et voyage avec lui à travers le monde, découvre la culture, le cinéma, les livres.

Quatre ans plus tard, séparation, retour au Maroc. Loubna enseigne la danse et prend des cours de  théâtre, tourne dans trois films commerciaux pour le cinéma. Pour passer le casting de Much Loved, elle se "déguisera" en prostituée mais pour le réalisateur Nabil Ayoud, "elle s’est imposée dans le rôle par ce qu’elle est". .Aujourd’hui, Loubna Abidar, 31 ans, prépare deux films. Sa voix devrait désormais compter, une voix non pas dangereuse mais courageuse.

LA dangereuse Loubna Abidar © Ed. Stock

"La Dangereuse"
de Loubna Abidar et Marion Van Renterghen

Editions Stock
198 pages
17 euros