Livre de Valérie Trierweiler : l'éditeur Laurent Beccaria raconte les dessous à Livre Hebdo

Par @Nijikid Journaliste, responsable de la rubrique Rock-Electro-Rap de Culturebox
Publié le 16/09/2014 à 18H34
Laurent Beccaria, patron de la maison d'édition Les Arènes (ici en 2003).

Laurent Beccaria, patron de la maison d'édition Les Arènes (ici en 2003).

© Jacques Guez / AFP

Laurent Beccaria, le PDG des éditions des Arènes, raconte dans une longue lettre adressée aux lecteurs de Livres Hebdo, comment et pourquoi il a décidé de publier l'ouvrage de Valérie Trierweiler, "Merci pour ce moment". Un phénomène de librairie dont le tirage global atteint à ce jour 590.000 exemplaires.

"Est-ce le livre qui est scandaleux ou son traitement médiatique qui en fait 'un brûlot' voire même 'un torchon'?", demande Laurent Beccaria, dans cette lettre. Pour lui, "les lecteurs en seront seuls juges, sur la durée". En attendant, il entreprend de conter par le menu la chronologie de ce phénomène d'édition "qui cristallise l'époque", selon lui.

Dans cette missive, l'éditeur répond aux rumeurs et aux critiques. Mais il fait aussi le récit de huit mois de travail dans l'ombre, sous le sceau du secret, qui ont conduit à ce qu'il veut surtout voir comme "une histoire d'amour publique et un document sans filtre sur l'exercice du pouvoir aujourd'hui".

Il pensait reproduire l'aventure d'édition connue avec Eva Joly

En février 2014, Florent Massot, directeur de collection des Arènes, apprend "au détour d'une conversation" avec l'agent littéraire "Anna Jarota que Valérie Trierweiler l'a mandatée pour l'aider à choisir un éditeur". Toutes les maisons d'éditions sont, dit-elle, sur le coup, d'Albin Michel à Flammarion, en passant par le Seuil, Fayard, Plon... écrit Laurent Beccaria dans cette lettre rendue publique par Livres Hebdo.

Il rencontre alors l'ex-première Dame et c'est "une belle surprise", écrit-il. "Il se dégage d'elle quelque chose de libre, de franc et de droit qui me plaît. J'imagine reproduire avec elle l'aventure partagée avec Eva Joly lorsqu'elle instruisait l'affaire Elf. Vilipendée par les médias, elle avait réussi à se faire comprendre grâce à une autobiographie publiée par Les Arènes."

L'auteur semble éprouvée, l'éditeur doute qu'elle finisse

Les détails du contrat ? "Pas de chèque mirobolant mais des droits d'auteur confortables dans les habitudes de la maison; le secret absolu et l'indépendance vis à vis des pressions éventuelles; la possibilité de se rétracter à tout moment (...), aucune interview de promotion à la sortie."

"Les pages s'accumulent. Valérie trierweiler écrit sans se relire, dans une démarche de résilience. (...) Il n'y a évidemment pas d'écrivain fantôme", souligne le PDG des Arènes. Quatre personnes sont dans la confidence. Au fil des mois, "nous la sentons éprouvée, souvent épuisée. A plusieurs reprises, nous pensons que le livre ne verra pas le jour. Mais à chaque fois, elle reprend le fil."

Fin juin, il "rassemble en un seul fichier les textes épars. Il "suggère" à l'auteur "des coupes ici et en posant des questions là, comme je le fais depuis ving-cinq ans avec les auteurs que j'ai accompagnés", dit-il. "Les coupes visent à éviter les digressions inutiles", et non à censurer de supposés passages diffamatoires, assure-t-il.

Jusqu'au bout, le secret a été bien gardé

En 48 heures, avant la sortie du livre le 4 septembre, et alors que l'information n'a encore filtré nulle part, la jeune équipe des Arènes appelle plus de 650 libraires, leur confiant le nom de l'auteur, le titre et un résumé du contenu. Au final, le total des commandes atteint 99.000 exemplaires.

Valérie Trierweiler insiste pour que Paris-Match, son employeur, ait l'information. Beccaria mise aussi sur une double page dans "Le Monde". ll n'obtiendra qu'une demi-page.

Les "sans-dents" ? "Un trait qu'elle avait entendu plusieurs fois"

Le 4 septembre "à midi, c'est l'étincelle : le compte-rendu du Monde dévoile la dimension politique du livre et les trois lignes sur les sans-dents qui vont marquer les esprits", écrit Beccaria.

"En juin, j'avais été saisi en découvrant la formule sous sa plume", se souvient-il. "J'avais demandé à Valérie Trierweiler si c'était une plaisanterie de mauvais goût, reprise hors-contexte. Elle m'avait répondu que c'était un trait qu'elle avait entendu plusieurs fois."
   
Puis, en quelques heures, "le livre devient un objet de scandale". La "machine à buzz" est lancée, transformant "une information sensible en canard sans tête, prétexte à tout et n'importe quoi", estime-t-il.

"Quand la fièvre sera retombée, il restera sans doute de cette publication le divorce entre l'hostilité de la quasi-totalité des médias, notamment audiovisuels, et le rush des lecteurs", veut-il croire. Il en veut pour preuve le fait d'avoir "dû imprimer 590.000 exemplaires en quinze jours pour répondre à la demande."