Le Gange, la vie, la mort et le photographe Jean-François Lixon

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/01/2014 à 19H54, publié le 13/03/2012 à 17H41
Un jour au bord du Gange

Un jour au bord du Gange

© Jean-François Lixon

"Vivre et mourir au bord du Gange" (Editions L'Esprit du Monde), est 'un recueil de photographies prises à Bénarès en Inde par Jean-François Lixon et préfacé par Ysabelle Lacamp. Dans cette ville sacrée de l'hindouisme, il a passé deux mois à contempler, à attendre, à respirer avec les Indiens. Un voyage intense qui a donné naissance à ce livre, déclaration d'amour à l'Asie et à la photographie.

Quand on demande à Jean-François Lixon la place que tient la photo dans sa vie, la réponse fuse : "centrale !". Depuis l'âge de quinze ans, celui qui est aujourd'hui journaliste dans l'audiovisuel ne se sépare jamais de son appareil photo. Une passion qui a débuté  le jour où son oncle lui offre un vieux Kodak à soufflet 6/9. Une passion qui'l va partager avec deux autres copains du lycée : "ça m'a évité la clope, l'alcool, la moto car on dépensait tout notre argent pour la pellicule photo" raconte t-il. Ses héros s'appelaient alors Doisneau, Cartier-Bresson, Diane Arbus. Sans jamais prendre de cours, Jean-François a grandi avec l'oeil collé dans le viseur, à l'affût des visages, des paysages, des éclairs de beauté qui passent trop vite. "Avec la photo" dit-il, "on vole des instants à la mort et au temps qui passe trop vite".

Vivre et mourir au bord du Gange

Vivre et mourir au bord du Gange

© Jean-François Lixon

La mort. Jean-François Lixon raconte qu'il n'en a plus eu peur, un jour de 1989, lors de son premier séjour en Inde. Parti avec des amis à la découverte de cet immense pays, il avait passé trois jours à Bénarès. Et là au bord du Gange , il dit avoir trouvé une paix inattendue et le sentiment que "mourir là et à ce moment n'aurait pas été tragique". Vingt ans ont passé. Comme le fleuve, la vie a charrié  son flot de joies et de peines, d'espoirs et de doutes. A l'aube de la cinquantaine, notre homme a ressenti le besoin de retourner sur les bords du Gange, pour mettre ses idées en ordre autour d'un projet. Le projet, ce sera celui là : retourner à Bénarès et arpenter les 7 kilomètres de ghâts, ces berges du Gange recouvertes de marches de pierre.

Vivre et mourir au bord du Gange

Vivre et mourir au bord du Gange

© Jean-François Lixon

Au cours de l'été 2009 puis à l'été 2011, Jean-François Lixon va donc passer deux mois à être là, simplement, sur les rives du fleuve sacré, au milieu des Hindous, sadhus, pèlerins, hommes, femmes, enfants qui  viennent faire leurs ablutions. C'est aussi là que se pratiquent les crémations rituelles . Chaque jour, il prendra près de 250 photos. Dix mille au total sur les deux voyages. Autant dire que faire un choix pour n'en garder qu'une centaine a été "un moment terrible ! C'est mon éditrice qui a fait le choix final, je n'y arrivais pas" confie le photographe. Visages, corps, sourires, prières, animaux, paysages, rituels, jeux... On voyage au fil des photos. Derrière le papier glacé, on sent les rencontres, les amitiés qui ont pu se nouer, la complicité, la chance de saisir des scènes rares. Comme cette éclipse totale de soleil lors de son premier séjour en 2009. Jean-François Lixon avait loué une barque pour mieux saisir la foule et les visages qui se pressaient massivement au bord du Gange ce jour là. "Un moment biblique" décrit le photographe "où chacun attendait avec ferveur le retour du soleil". 

Le jour de l'éclipse totale de soleil

Le jour de l'éclipse totale de soleil

© Jean-François Lixon

Il y a aussi dans cet ouvrage la volonté de ne pas céder à la facilité en mettant volontairement peu de photos d'enfants, ou au voyeurisme, en ne consacrant qu'une toute petite partie du livre à la crémation et aux corps qu'on jette dans le Gange. "Certaines photos de mort sont insupportables" explique Jean-François Lixon. Et puis, il a la vie, beaucoup de vie !". Beaucoup de vie, de couleurs et aussi une étonnante sérénité qui se dégage de ces photos et qui contraste avec la dureté de la vie au quotidien de bon nombre d'indiens.

Vivre et mourir au bord du Gange

Vivre et mourir au bord du Gange

© Jean-François Lixon

"Vivre et mourir au bord du Gange" est le premier livre de Jean-François Lixon mais certainement pas le dernier.  Ses projets ? Retourner en Inde et réaliser une série de photos sur les hijras, les eunuques indiens. Et puis, en Lyonnais d'adoption, il aimerait proposer à la mairie d'exposer "les bords du Gange au bord du Rhône". Une façon de partager le mystère et la beauté du monde. Une beauté qui est là, qui nous attend, au bord du Gange, du Mékong ou d'un torrent de montagne savoyard. Car pour Jean-François Lixon, "près ou loin, à chacun son ailleurs".

Vivre et mourir au bord du Gange

Vivre et mourir au bord du Gange

© Jean-François Lixon

"Vivre et mourir au bord du Gange" de Jean-François Lixon, préface d'Ysabelle Lacamp, aux Editions L'Esprit du Monde, 84 pages, 20 euros

 

La couverture de "Vivre et mourir au bord du Gange"

La couverture de "Vivre et mourir au bord du Gange"

© Editions "L'Esprit du Monde"