L'histoire de la France revisitée par l'archéologie

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 04/04/2012 à 09H42
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Deux ouvrages parus à la même période viennent nous parler de la France, vue ou plutôt revue par l’archéologie. Un livre d’art : "La France racontée par les archéologues" par Cyril Marcigny et Daphné Bétard (Gallimard-INRAP). Et un ouvrage de réflexion : "On a retrouvé l’histoire de France" par Jean-Paul Demoule (Laffont).

Un tour de France en 200.000 ans
Par les temps qui courent, le thème de l’ «identité nationale» est, de temps à autre, à la mode. Il est intéressant de voir comment en parle l’archéologie, discipline qui se fonde sur les «archives du sol», comme le dit joliment la préface de La France racontée par les archéologues.

Un bien bel ouvrage que celui-là. Beau d’abord parce que magnifiquement illustrée par les objets des fouilles découverts depuis une vingtaine d’années dans tout l’Hexagone. Quelque 2000 fouilles, dites «préventives», ont ainsi réalisées lors de grands travaux d’aménagement sur 2 % des surfaces construites. On a ainsi pu accumuler un matériau considérable qui permet de repenser l’histoire de notre pays.

En 168 sites, l’archéologue Cyril Marcigny et la journaliste Daphné Bétard font faire à leurs lecteurs un tour de France métropolitaine et d’Outre-Mer, qui couvre… 200.000 années. Un peu à la manière du directeur du British Museum dans un autre beau livre intitulé «A History of the World in 100 Objects» (Une histoire du monde en 100 objets, chez Penguin).

Ce tour de France commence avec «des cerfs, des panthères et quelques oiseaux» vieux de 200.000 ans en Seine-Maritime, et se termine au XXe siècle à Baillet-en-France (Val-d’Oise) où furent mis à jour des… bas-reliefs du pavillon soviétique de l’Exposition internationale (à Paris) de 1936. Entre temps, le lecteur voyageur a visité des résidences aristocratiques du premier âge du Fer (900-750 avant notre ère) en Seine-et-Marne. Il a rencontré les Grecs de Marseille et des potiers de l’an mille dans la Drôme. A Gevrey-Chambertin (Côte-d’Or), il a parcouru des «vignes basses» datées… des Ier au IIIe siècles de notre ère. A Etaples-sur-Mer (Pas-de-Calais), il s’est promené dans les camps des soldats de Napoléon prêts à envahir la Grande-Bretagne. Entre temps, sur l’îlot de Tromelin (océan Indien), il aura écouté l’histoire d’esclaves naufragés à la fin du XVIIIe sur cet atoll perdu…

Bref, l’occasion de découvrir tout ce qui, au cours des siècles, a forgé l’identité de ce «cher et vieux pays», pour paraphraser le général de Gaulle.

Briseur de mythes
De son côté, Jean-Paul Demoule, avec son passionnant On a retrouvé l’histoire de France, aide son lecteur à s’y retrouver au milieu des mythes et des approximations de notre histoire nationale souvent écrite (ou réécrite) au XIXe siècle. Une histoire que ce professeur à l’université de Paris I revisite à la lumière de l’archéologie. Cette «revisite», servie par un humour très britannique, fait exploser avec jubilation nombre d’idées reçues.

Il en va ainsi du «mythe» de Vercingétorix («notre premier héros national»), de la Gaule et des Gaulois, victimes «de deux déformations historiques successives». La première vient de César qui a écrit sur la Gaule «un ouvrage de propagande à la gloire de son auteur». La seconde s’est produite à la Révolution et au XIXe, quand la nation française se cherchait un passé.

Buste attribué au dictateur romain Jules César, retrouvé en 2007 dans le Rhône à Arles

Buste attribué au dictateur romain Jules César, retrouvé en 2007 dans le Rhône à Arles

© AFP - BORIS HORVAT

Le grand Jules avait de «nos ancêtres les Gaulois» «une vision coloniale, sinon raciste», n’hésite pas à affirmer Jean-Paul Demoule. Une vision «que les historiens du XIX siècle vont reprendre entièrement à leur compte» : des ancêtres sympathiques mais bagarreurs, irresponsables, «portés sur… la gauloiserie» vivant dans de modestes huttes rondes, au milieu de profondes forêts. Or la réalité archéologique est quelque peu différente, comme le montre l’exposition à la Cité des sciences et de l’industrie à la Villette à Paris. Les Gaulois avaient organisé leur territoire : ils avaient édifié de véritables villes (les oppida), ils battaient monnaie «avec d’étonnantes créations presque abstraites»

Autre mythe, autre erreur, selon l’auteur : le baptême de Clovis, considéré, lui aussi comme « fondateur » de notre identité nationale. Mais dans ce mythe,
«tout est faux» et «inexact». «Reims même n’est pas certain comme lieu du sacre et n’est nulle part mentionné dans les chroniques antiques» ! Pour Jean-Paul Demoule, ce baptême fut un «geste éminemment politique, sinon opportuniste, d’un chef de guerre (…) soucieux d’assimilation au sein d’un empire très prestigieux (l’empire romain NDLR), et désireux de mieux asseoir son pouvoir sur ses nouveaux sujets».

On en oublie d’ailleurs que Clovis était un Germain qui «n’a régné que sur une partie de l’actuel territoire français». Et qu’il peut aussi bien être revendiqué par les Belges et les Allemands. Idem pour les «rois fainéants», légende née en pleine querelle franco-allemande (qui aboutira à 1914). En fait, ces braves rois n’étaient autres que des chefs francs. Donc germains. Et à l’époque de la IIIe République et des premiers manuels scolaires, il apparaissait opportun de jeter l’opprobre sur «l’intenable ascendance germanique» de ces lointains ancêtres si proches de l’ennemi héréditaire…