Le photographe René Tanguy raconte l'amitié entre Kerouac et Gwerning dans "Sad Paradise"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/01/2017 à 18H24, publié le 06/01/2017 à 18H14
"Sad Paradise" de  René Tanguy 

"Sad Paradise" de  René Tanguy 

© France 3 / Culturebox

L'un était poète américain, l'autre sculpteur breton. Jack Kerouac et Youenn Gwerning n'avaient rien en commun si ce n'est l'amour de la Bretagne. Séparés par des milliers de kilomètres, leur amitié s'est construite à travers un échange épistolaire. Touché par cette amitié hors du commun, le photographe René Tanguy a voulu illustrer ces lettres dans un livre, "Sad Paradise".

"Sad Paradise", c'est la rencontre entre deux hommes qui n'a pourtant jamais eu lieu. Amis de longue date, ces deux poètes, Youenne Gwerning et Jack Kerouac, ont laissé derrière eux une conséquente correspondance. Un échange épistolaire dont s'est imprégné le photographe René Tanguy pour capturer les paysages bretons. Véritables illustrations de ces lettres poétiques, le photographe dévoile dans ce livre une amitié bien singulière.

Reportage : France 3 Iroise / C. Louet / V. Morzadec / B. Le Gall / J. Abgrall

Un livre sur deux "frères" amoureux de la Bretagne 

René Tanguy ne photographie pas la Bretagne mais son attachement à la Bretagne. Le sien mais pas seulement. Le livre "Sad Paradise" est en réalité une jolie histoire d'amitité. L'histoire de deux hommes, Youenne Gwerning et Jack Kerouac, que rien ne semblait rapprocher. C'est pourtant bel et bien la Bretagne qui va les mener à développer une véritable affection l'un pour l'autre.
Photo de René Tanguy - "Sad Paradise" 

Photo de René Tanguy - "Sad Paradise" 

© RENÉ TANGUY
Si on connait Jack Kerouac comme étant l'initiateur de la "Beat Génération" et l'un des plus grands auteurs américains du XXème siècle, beaucoup de gens passent outre le fait que l'écrivain avait des origines bretonnes. Intrigué par sa généalogie, Jack Kerouac cherchera toute sa vie à revenir sur la terre de ces ancêtres.

Encore inconnu à cette époque, Youenn Gwerning, ce poète et sculpteur sur bois sillonne la Bretagne, cornemuse à la main, avant de partir s'installer avec sa famille à New-York. Il ne retournera dans sa région que vingt ans plus tard. 
 René Tanguy - "Sad Paradise" © RENÉ TANGUY
L'un fasciné par la Bretagne et l'autre par la littérature américaine, il était invévitable que ces deux êtres, une fois s'être rencontrés ne pourraient plus se quitter. Dans une véritable symbiose ils s'apportent mutuellement le savoir que chacun recherche dans un échange épistolaire.

De 1966 à 1969, les deux poètes correspondront et se lieront d'amitié, séparés par des milliers de kilomètres. Une amitié si intense qu'ils décideront de se retrouver tout naturellement en Bretagne mais Jack Kerouac meurt brutalement, le billet d'avion en poche. Un dénouement malheureux pour cette histoire fraternelle singulière. 
Jack Kerouac, photo de René Tanguy - "Sad Paradise"

Jack Kerouac, photo de René Tanguy - "Sad Paradise"

© RENÉ TANGUY

Un travail d'archéologue

René Tanguy est parvenu à retranscire dans son livre toute l'intensité de cette amitié grâce à un travail minutieux de lecture et de relecture de centaines de lettres. René Tanguy s'est imprégné des anecdotes, des mots d'esprit mais aussi de leur parler pour qualifier cette région à laquelle ils étaient attachés.

Objectif à la main, le photographe est ainsi parti capturer cette Bretagne à travers les yeux de ces deux artistes. "Les deux personnages m'intéressaient et, de rentrer un peu dans leur peau selon les lieux où je me trouvais, c'était aussi extrêmement grisant", témoigne le photographe.
Correspondance, "Sad Paradise" - René Tanguy

Correspondance, "Sad Paradise" - René Tanguy

© RENÉ TANGUY
Avec ce travail, les clichés sont devenus les véritables illustrations de cet échange épistolaire : "Les lettres, c'est l'histoire et les photographies, c'est un peu la géographie", explique René Tanguy. 
Un voyage en Bretagne mêlant littérature et poésie, voilà ce que nous propose René Tanguy à travers ce livre finalement écrit à trois mains.

"Sad Paradise, la dernière route de Jack Kerouac", édition Locus Solus, 208 pages