"Poison City" de Tetsuya Tsutsui, meilleur manga de l'année selon la critique

Par @Culturebox
Publié le 03/07/2015 à 19H53
Les tomes 1 et 2 de "Poison City" de Tetsuya  Tsutsui

Les tomes 1 et 2 de "Poison City" de Tetsuya  Tsutsui

© DR

Le manga "Poison City" du Japonais Tetsuya Tsutsui, auteur en prise avec la censure dans son pays, a reçu vendredi le prix du meilleur manga de l'année par l'Association française des critiques et journalistes de bandes dessinées (ACBD).

Le prix a été décerné à l'occasion du salon Japon Expo qui se tient jusqu'à dimanche au parc des expositions de Villepinte au nord de Paris. Edité directement par l'éditeur français Ki-oon, le prix distingue une bande dessinée asiatique remarquable, parue en français entre juillet 2014 et juin 2015.

"Poison City" est une oeuvre hors norme d'une grande qualité graphique. Tetsuya Tsutsui a écrit ce manga après la découverte, en 2013, de la censure d'une de ses oeuvres au Japon. Il imagine le Japon à la veille des jeux Olympiques de 2020 alors qu'une vague de puritanisme s'abat sur le pays et le reste du monde. On suit l'histoire de Mikio Hibino, un jeune "mangaka" (auteur de manga, ndlr) qui voit sa première publication, une histoire de zombie baptisée "Dark Walker", censurée par les autorités.

Il s'agit d'une mise en abîme de la propre histoire de Tetsuya Tsutsui dont le manga "Manhole" a été censuré dans la région de Nagasaki sans que ni lui ni son éditeur en soient informés. Enquêtant sur cette censure, il avait découvert qu'un comité de censure composé d'une quarantaine de notables et de hauts fonctionnaires de l'éducation avait décidé, sans l'entendre, de censurer son oeuvre.

Les ouvrages mis ainsi à l'index doivent porter un bandeau avec le mot "nocif" sur sa couverture et en général cela suffit à décourager les libraires de le vendre, signant ainsi l'arrêt de mort du livre. Le comité passe à peine plus d'une minute à débattre d'un titre. Il s'ensuit d'inévitables erreurs, comme dans le cas du manga "Manhole", où de la boue avait été prise pour du sang, ayant entraîné une hausse de l'indice de nocivité du titre. Depuis, Tetsuya Tsutsui s'inquiète de la possibilité d'une généralisation de la censure et dénonce le risque de se retrouver avec une production totalement aseptisée.