Paul Cauuet dessine "Les vieux fourneaux", une comédie humaine et sociale

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/05/2014 à 15H51, publié le 02/05/2014 à 15H35
Paul Cauuet de passage à Lyon © Vanessa Fize

Une nouvelle série s'installe dans les rayons "bande-dessinée" des bonnes librairies. Elle s'appelle "Les vieux Fourneaux", le premier tome "Ceux qui restent". Le tout est signé Wilfrid Lupano pour le scénario, et Paul Cauuet pour le dessin. Ce dernier nous en a dit plus sur cette oeuvre réjouissante.

Une bande dessinée dont les héros sont trois vieillards de 75 ans. A première vue, ça fait peur. Eh bien détrompez vous ! Dans cette nouvelle série, on rigole, on réfléchit sur notre époque, on trouve des miroirs de notre propre histoire, tout ça tambour battant. Il y a dans cette comédie humaine et sociale de ce que bien des lecteurs ont aimé dans "Le combat ordinaire" de Manu Larcenet, finesse fantaisie comprises.

Il faut dire que les deux auteurs n'avaient qu'un objectif en donnant naissance aux "Vieux Fourneaux" : faire une chronique contemporaine, qui parlerait de la famille, de leur génération, de celle de leurs grands-parents, et surtout : "sortir de l'archétype des héros beaux, grands et forts qui foisonnent dans la bande dessinée, et qui nous ont lassés", explique Paul Cauuet.
Une planche de l'album

© DR
"C'est touchant, la vieillesse, ce n'est pas négatif, il ne s'agissait pas de faire 'Gériatric Park !' " sourit le dessinateur. 

Nous voici donc en route pour une crémation, celle de Lucette, créatrice du "Théâtre du loup en slip". Pierrot et Mimille sont en retard, ils arrivent pour le buffet qui suit, et ils retrouvent le veuf, Antoine. Les trois hommes sont amis à la vie à la mort. Ils ont grandi ensemble, ont manifesté, se sont révoltés. Sont-ils rangés, à leur grand âge ? Il ne faut pas grand chose pour allumer l'étincelle.

Ainsi, dans ce premier tome, Antoine revient de chez le notaire et annonce à ses amis qu'il part faire un petit voyage, sans bagages, avec un fusil dans sa voiture. Psychodrame à l'horizon ? Non, un road trip émouvant et drôle en compagnie des compères d'enfance et de la petite fille d'Antoine, enceinte jusqu'au cou, au caractère bien trempé. Le dénouement sera inattendu.
Paul Cauuet dessine © Vanessa Fize


Paul Cauuet dit avoir pris un plaisir énorme à croquer cette bande dessinée : pour ce qu'elle raconte, bien sûr. Avec son ami scénariste, ils ont choisi ensemble cette voie, et sont fiers d'explorer un nouveau terrain plus sociétal.  "La BD est un excellent support pour parler au plus grand nombre de tous les sujets possibles". Il y a le dessin, aussi, qui a pris un tour personnel. "J'ai dessiné les deux maisons qui m'étaient les plus familières, j'ai choisi ma région, des objets personnels de ma famille. La bouteille de poire, par exemple, mon grand-père la sortait pour les repas de famille."
 

Un autre extrait de planche © DR


Les trois personnages principaux de la série on connu la guerre, les bouleversements mondiaux, la croissance, l'opulence, la modernité, le progrès. Ils sont passés par la lutte syndicale, l'anarchie ou les voyages. "Par leur vécu, et le miroir que leur renvoie la jeune Sophie, on parle d'héritage, de celui que les anciens ont laissé à la jeunesse actuelle, et de celui qui s'annonce pour les générations futures. Cela nous a d'autant plus parlé que, lorsque le projet a commencé, Wilfrid allait être père pour la deuxième fois, et moi la première."
 

Une dédicace de Paul Cauuet © Vanessa Fize


Le Toulousain Paul Cauuet a 33 ans. Il dessine depuis qu'il est tout petit et, par chance, ses parents n'ont jamais essayé de l'en dissuader, même quand il s'est agi d'en faire un métier. Un Deug d'arts appliqués en poche il se lance, en autodidacte, et dessine une première série. "On apprend sur le tas, on affine, on se perfectionne". Un jour il rencontre Loisel, au détour d'un salon de BD, et celui-ci lui donne de nouvelles ficelles pour parfaire encore son dessin.

Réaliser une bande dessinée prend du temps, nécessite un long travail. "Je suis au service de l'histoire, du scénario, il faut le rendre le plus lisible, le plus clair possible pour le lecteur, il faut être honnête avec lui".

Ce sont des rencontres avec des scénaristes qui lancent Paul Cauuet dans de nouveaux projets. Depuis dix ans, il cultive art et amitié avec Wilfrid Lupano, son nouveau comparse. Pour l'heure, 4 tomes des Vieux Fourneaux sont prévus, avec chaque fois une histoire propre autour d'un des héros.  Mais ils pourraient prolonger le plaisir...
 

La couverture des "Vieux fourneaux" © Vanessa Fize

"Les Vieux Fourneaux", et le tome 1, "Ceux qui restent", sont édités chez Dargaud.