"Le petit chemin caillouteux", nouvel album de Salch, l'héritier de Reiser

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Publié le 20/06/2017 à 18H48
"Le petit chemin caillouteux", détail de la couverture

"Le petit chemin caillouteux", détail de la couverture

© Salch / Fluide Glacial

Connu pour ses portraits rassemblés dans "Lookbook", Salch publie "Le Petit chemin caillouteux" (Fluide Glacial), un album plus personnel qui narre les aventures d'un père divorcé, tout sauf modèle. Décapant et politiquement incorrect. Un album hilarant, qui devrait décomplexer tous les pères.

Il a fait un carton avec ses "looks" publiés sur la toile puis rassemblés en 2016 et 2017 dans "Lookbook" (Fluide Glacial, tomes 1 et 2), sorte de typologie de personnages emblématiques de la société, annotés façon schéma scientifique : le look "animatrice télé 2016," "bavure policière",  "échec scolaire", "race blanche", ou encore "gros con de supporter"... 

Salch  avait déjà raconté sa vie conjugale dans "Les Meufs cool" (Les Rêveurs, 2015). On le retrouve divorcé. Il a décidé d'arrêter les conneries (les meufs cools) et de faire de la BD. Il a pris du bide. Il décide donc d'emmener ses fils en vacances, chez la tata en Corrèze et d'en profiter pour faire un petit "stage de remise en forme". Il ne se voyait pas aller dans le sud "Non mais regardez-moi ça !! Ce déballage de chair flasque !!". Chez Tata c'est bien. C'est en pleine forêt, "y a moins de cons".
"Le petit chemin caillouteux" page 13

"Le petit chemin caillouteux" page 13

© Salch / Fluide Glacial

"Pleuvotiation" et "Play-stécheune"

Les bonnes résolutions seront de courte durée… Il faut dire que chez tata il n'y a pas grand-chose à faire, sans parler de la "pleuviotation". Du coup il se remet à la bière et lâche rapidement l'affaire concernant les devoirs de vacances de ses enfants, qu'il laisse allègrement jouer à la "play-stécheune". Pour le reste, il glandouille, s'ennuie, nettoie compulsivement la piscine, se plaint de la canicule ou repense à son passé (son mariage, son travail dans la mode). Sinon il aime bien aussi "faire chier les commerçants".

Il s'impose quand même un petit exercice quotidien : "Une page par jour obligatoire ("même si j'ai pas du tout envie de dessiner"). Mais comme il ne sait pas quoi dessiner (le désert total ! Zéro idée !!), il  prend sa petite chaise et va dessiner dans la nature. "En route pour l'aventure…" Cette hygiène quotidienne revient comme un leitmotiv, un running gag qui ponctue l'album d'une certaine forme de poésie…
"Le petit chemin caillouteux", Salch (page 15)

"Le petit chemin caillouteux", Salch (page 15)

© Salch

L'esprit de Coluche et de Reiser

Salch dresse le portrait d'un père nombriliste, égoïste, limite démissionnaire, de mauvaise foi, mais aussi capable d'embarquer ses enfants dans une aventure fantastique au fin fond de la forêt, qui leur laissera à n'en pas douter un souvenir merveilleux…

On retrouve le style féroce de Salch : langage fleuri, et discours cash. Il ne cherche jamais à faire joli (sauf quand il essaie de dessiner son chemin caillouteux). Les personnages ont des tronches, y compris les enfants. C'est féroce, décapant, politiquement incorrect et tendre… Une lecture qui déclenche un rire salvateur et une joie qui fait naître cette question : Reiser et Coluche auraient-ils un héritier ?
"Le petit chemin caillouteux", couverture

"Le petit chemin caillouteux", couverture

© Salch / Fluide Glacial
"Le petit chemin caillouteux", Salch (Fluide Glacial - 72 pages - 13,90 €)