Le choix de la libraire: "Post Mortem" pointe les dérives de la société

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 24/02/2012 à 13H09
"Post Mortem", le conseil de lecture de Marie Rameau

"Post Mortem", le conseil de lecture de Marie Rameau

© DR

La fatalité n'existe plus. Le gouvernement a trouvé un moyen de faire revenir les morts pour les coller aux tâches ingrates, aux travaux dont personne ne veut. Un mort ne coûte pas cher, il n'a pas la force de se battre pour de quelconques droits, il est docile. Pour "conjurer le sort", il suffit d'être d'accord de son vivant ou qu'un proche décide pour vous après votre décès. Ces zombies ne sont pas agressifs, ils gardent la parole et la mémoire de leur vie passée. Ils ont le teint verdâtre et la bouche pleine d'écume à cause de ce qu'on leur a administré pour se réveiller.

Jérémy voit cette mesure d'un très mauvais oeil depuis que son poste va être assuré par un baveux. Et il n'est pas le seul. Les morts-vivants commencent à hanter les rues en quête de nourriture. La grogne s'organise. Les gens ont peur pour leurs emplois. Des milices sillonnent les rues et les lynchages anti-zombie se font de plus en plus fréquents. C'est dans ce contexte tendu que Jérémy se fait faucher par un taxi et que sa mère, refusant de laisser son fils mourir, signe les papiers. Le jeune homme vient de passer de l'autre côté du miroir.

"Post Mortem"

"Post Mortem"

© Ed.Gallimard collection Bayou

Après l'album BlackBird, où Pierre Maurel imaginait un régime autoritaire réprimant toute forme de publications indépendantes, l'auteur produit ici un récit de genre, soulignant les dérives de notre société. Le chômage, la clandestinité, les tentations de l'extrême, l'exclusion, la précarité. Maurel rafraîchit la grande tradition des films de morts-vivants, dont Romero est le fer de lance. Le zombie est le symbole d'un système gangréné, moribond. Un système qui stigmatise, qui enfonce, qui effraie, qui appuie sur la tête du peuple pour le noyer doucement mais surement. Post Mortem est un album qui soulève bien des questions. On souhaite vivement qu'il donne lieu à une suite. On sent que Pierre Maurel a encore beaucoup à dire.

 

Post Mortem, Pierre Maurel, Ed. Gallimard collection Bayou, 16€

 

Marie Rameau - Librairie Bulles de Salon - 45 rue Carnot 92300 Levallois-Perret

Marie Rameau - Librairie Bulles de Salon - 45 rue Carnot 92300 Levallois-Perret

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