La drôle de BD philosophique et poétique de José Parrondo sur le "Rien"

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 30/04/2017 à 12H35, publié le 24/04/2017 à 16H13
"Rien", pages intérieures (Planche 22)

"Rien", pages intérieures (Planche 22)

© José Parrondo (L'Association)

Après "Histoires à emporter", José Parrondo signe "Rien" (L'Association), un album BD qui embarque le lecteur dans une exploration du "Rien". Philosophique, drôle et poétique, mené dans une forme narrative qui mêle cases, mots, dessins, photos, "Rien" est un livre qui fait du bien.

Le plaisir commence quand on prend en main l'objet : petit format (comme un roman) belle couverture monochrome bleue (entre la nuit et le jour), qui trace, comme un tampon, les quatre lettres du mot "RIEN" et un point. Juste en dessous, du même bleu, une serrure, un faisceau lumineux, un croissant de lune… Entrons.
"Rien.", José Parrondo, pages intérieures (Planche 19)

"Rien.", José Parrondo, pages intérieures (Planche 19)

© José Parrondo
Un autre "RIEN" (le négatif du premier), un pochoir. Continuons. Un petit bonhomme chauve vagabonde. Une fenêtre au milieu d'une pièce. Un mur, des trous. Le petit bonhomme avance. Il dit : "J'ai cru me croiser mais ce n'était pas moi", puis "Je suis parti là-bas voir si j'y étais, et j'y étais" (dans les 5 cases qui précèdent, il est entré dans une petite boîte, est arrivé dans une grande boîte dans laquelle il y avait une autre petite boîte).

Pour trouver le "RIEN", José Parrondo explore l'envers et l'endroit, la vérité et le mensonge, le vide et le plein, le haut et le bas, l'ombre et la lumière, les trous, les abîmes….

"J'ai beau courir, je n'arrive pas à me dépasser"

José Parrondo joue avec les mots, avec les espaces, avec les textures, avec la force du trait et la composition de ses doubles pages. Et c'est parfait. On suit pas à pas le petit bonhomme chauve, jusqu'à la dernière page, sans s'arrêter. On referme le livre, puis on l'ouvre à nouveau. Et on recommence. Pour voir tout ce que l'on n'a pas vu la première fois. Pour se perdre dans les images, ou pour relire au calme et éventuellement méditer des phrases comme "J'ai beau courir, je n'arrive pas à me dépasser" ou bien : "Bien rater ou mal réussir ?", ou encore "Recopier un roman en changeant un mot, un seul, qui fera basculer le récit".
"Rien", pages intérieures (Planche 39)

"Rien", pages intérieures (Planche 39)

© José Parrondo
"Rien" est un livre à garder tout près de soi. Un livre à ouvrir quand on est triste, ou en colère, ou inquiet. Un grand "RIEN" réconfortant, pour chasser les petits "riens" enquiquinants, à mettre aussi entre les mains des enfants.
"Rien." Roger Parrondo (L'Association)
"Rien", José Parrondo (L'Association - 128 pages - Noir et Blanc- 11 €)