"L'aile brisée", roman graphique d'Antonio Altarriba pour raconter sa mère, et l'Espagne sous Franco

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 11/05/2016 à 17H23, publié le 27/04/2016 à 19H25
"L'aile brisée" (Denoël Graphic) Antonio Altarriba et Kim

"L'aile brisée" (Denoël Graphic) Antonio Altarriba et Kim

© Kim

"L'aile brisée" (Denoël Graphic) est le second volet du roman graphique autobiographique d'Antonio Altarriba, commencé en 2011 avec "L'art de voler". Après avoir raconté le destin de son père, l'auteur revient cette fois sur l'histoire de sa mère, qu'il conjugue avec le récit d'un siècle d'histoire espagnole.

Quand Petra vient au monde, sa mère meurt en couches. Son père la tient pour responsable de la mort de sa femme adorée et tente de tuer le nourrisson. Sa sœur aînée Florentina réussit à l'arracher à la colère meurtrière de son père. Blessée au bras, l'enfant est accueillie chez une cousine éloignée. "L'aile brisée", elle gardera toute sa vie les séquelles de cette agression.
"L'aile brisée", détail planche

"L'aile brisée", détail planche

© Kim
Quelques temps plus tard, Petra rejoint finalement la maison de son père. L'homme est un original. Dans son bureau de tabac épicerie, il fait aussi office de barbier et d'infirmier. Mais sa véritable passion est d'écrire des pièces de théâtre et de partir en tournée en famille pour les jouer sur les places des villages. 

La petite Petra grandit et s'occupe de son père malgré sa brutalité. Elle devient une très belle jeune fille et commence à attirer les regards des hommes. Violée par un homme du village, elle se tait et prend soin de son père malade. Pendant ce temps-là dans le pays Franco écrase les opposants au régime, et pas seulement les Républicains, mais aussi ceux qui veulent un retour à la monarchie. Après la mort du père, Petra quitte le village et s'engage comme bonne dans la famille du gouverneur militaire de Saragosse, un monarchiste anti franquiste…

Un pan méconnu de l'histoire d'Espagne

Dans "'L'art de voler", Altarriba avait raconté la vie de son père, qui s'est suicidé à l'âge de 90 ans. "Et votre mère ?" avait questionné une dame lors d'une présentation de ce premier roman graphique. C'est comme ça qu'est née l'idée de "L'aile brisée", un beau portrait de femme contrainte de grandir dans un monde machiste et brutal.
"L'aile brisée", page 10

"L'aile brisée", page 10

© Kim
Courageuse, vivante jusqu'au bout et secrète, elle a réussi à cacher toute sa vie le secret de son aile brisée et a tenté malgré tout de mener sa vie comme elle l'entendait. Antonio Altarriba entremêle au récit de ce destin individuel celui d'une part méconnue de l'histoire d'Espagne, "elle concerne la répression qu'exerça Franco dans propre camp", raconte l'auteur dans un texte qui conclut le roman graphique.

La mise en images de Kim, très beaux dessins noirs et blanc au trait, traités comme des gravures, donnent à ce roman graphique tout son relief. Une réussite.
 Couverture de L'aile brisée (Denoël Graphic), Antonio Altarraba et Kim
L'aile brisée, Antonio Altarriba, traduit de l'espagnol par Alexandra Carrasco, dessins de Kim (Denoël Graphic-264 pages n&b – 23,50 euros)


Rencontre avec Antonio Altarriba et Kim, animée par Philippe Lançon
Au Colegio de Espane -Cité Universitaire
7, bd Jourdan Paris 14e