Hergé, Franquin, Jacobs, Bilal, leurs BD restent, les prix s'envolent

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/10/2015 à 18H30, publié le 26/10/2015 à 17H48
1,6 millions pour une planche du "Sceptre d'Ottokar" de Hergé

1,6 millions pour une planche du "Sceptre d'Ottokar" de Hergé

© © Editions Moulinsart - France 2

Nouveau record battu samedi à Paris pour une planche de Hergé : 1,6 million d'euros pour une double planche en noir et blanc à l'encre de Chine dessinée en 1939 par Hergé lui-même. Un record que se partagent aussi d'autres auteurs classiques de BD comme Franquin ou Jacobs et qui montrent la bonne santé du genre sur le marché de l'art.

243.000 euros pour une planche de Franquin de 1956 : "Les pirates du silence", l'une des aventures de Spirou et Fantasio, 147.000 euros pour une planche de Blake et Mortimer "La marque jaune de Edgar P. Jacobs qui battait un autre record avec 62.500 euros pour une planche du "Rayon U" datant de 1944.

Le marché de la BD franco-belge dont font partie ces auteurs est actuellement en pleine forme chez les collectionneurs.

Reportage : S. Ricottier, C. Marchand et P. Fremont
On se doutait que les pièces rares du collectionneur belge qui se séparait de sa collection allaient atteindre des sommets. 2,7 millions euros au total dont 1,6 pour la seule planche du "Sceptre d'Ottokar", soit le double de son estimation haute, personne ne l'aurait imaginé. Surtout pas le vendeur lui-même.

"On a marché sur… l'or"

La planche qui a battu le record de la vente est une double planche parue dans "Le Petit Vingtième" en 1939. Elle montre l'avion de Tintin touché par la DCA (Défense Contre Avions) pendant sa chute. Planche noir et blanc à l'encre de Chine dessinée par Hergé lui-même.

Sensible aux bouleversements politiques qui commençaient à agiter gravement l'Europe, Hergé avait choisi de raconter dans "Le sceptre d'Ottokar" une histoire qui opposait un petit pays pacifique et traditionnel des (pseudos) Balkans, la Syldavie, à la belliqueuse Bordurie. Toute ressemblance avec des situations connues n'étant bien entendu pas fortuites, celles-ci contribueront au succès de l'album.
La perfection du graphisme

La perfection du graphisme

© © Editions Moulinsart - France 2
"Graphiquement, elle est absolument magnifique, commente Eric Verhoest, expert BD chez Sotheby's qui a assuré la vente, parce qu'on a l'impression que Tintin n'est pas très présent. Il est présent sur deux cases, mais tout le travail d'Hergé est, avec le jeu des projecteurs, avec la trajectoire de l'avion, de montrer que Tintin est en réel danger. A la fin de cette double page, on se demande ce que Tintin est devenu".

Ce qui est une règle de construction chez Hergé qui s'astreignait à bâtir ses scénarios selon un rythme de deux pages (voire une seule quand elles étaient publiées dans un magazine) de façon à ce que la dernière vignette se termine toujours sur un coup de théâtre, une surprise ou un énorme point d'interrogation pour inciter le lecteur à passer sans attendre à la page suivante. Cette technique est aujourd'hui couramment employée par les auteurs de polars ou de thrillers.

"Tintin au pays de l'or jaune"

En octobre une autre planche d'Hergé avait déjà tutoyé les sommets de la notoriété. Ce n'étaient pas les hauteurs du Tibet même s 'il s'agissait de la Chine. C'était une planche du "Lotus bleu" vendue à Hong-Kong à plus d'un million d'euros à un acheteur asiatique.
Tintin, une place privilégiée et souvent inaccessible chez les collectionneurs

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© France 2

Les BD d'époque, véritable "Trésor de Rackham le Rouge"

Dans "Le trésor de Rackham le Rouge", album précédé par "Le secret de la Licorne", il est question de la recherche d'un trésor. Enfoui, comme il se doit pour un trésor !
Si les planches signées Hergé atteignent de telles cotes, c'est peut-être parce qu'elles sont, elles aussi, des trésors enfouis: "Dans les années 30, explique Frédéric Benidis, spécialiste BD chez "Comic con Paris", les BD n'étaient pas faites pour être gardées. On en sortait 50.000 exemplaires. Sur les 50.000, 40.000 étaient jetés à la poubelle juste après lecture. Il en restait 10.000 parmi lesquels beaucoup ont été perdus ou déchirés. La rareté joue énormément, comme dans tous les arts".
La BD, une spécialité en progression sur le marché mondial de l'art

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Le marché de la BD ou "Les bijoux de la Castafiore"…

Si au cours de cette vente, les enchères ont grimpé, non seulement pour Hergé mais aussi pour Jacobs ou Franquin, ce n'est plus aujourd'hui exceptionnel. Certains acheteurs investissent déjà dans des dessinateurs contemporains comme Enki Bilal. Ses planches se sont arrachées à plusieurs centaines de milliers d'euros".
Une vente aux enchères record

Une vente aux enchères record

© © Editions Moulinsart - France 2

"Or en stock"

Le marché des planches originales de la BD ne fera sans doute que monter dans les années à venir. La notoriété appelle la notoriété et surtout, en ce qui concerne Hergé, les éditions Moulinsart qui gèrent les droits de l'oeuvre de Hergé, en veillant scrupuleusement à la moindre publication et aux droits de reproduction, s'assurent et assurent aux collectionneurs de hauts niveaux de transactions. 
Parce que c'est Hergé...

Parce que c'est Hergé...

© France 2
Mais les planches signées Hergé n'atteignent pas ces sommets du fait des fluctuations du marché de l'art mais bien parce qu'Hergé a été et reste un créateur unique et génial dans le monde de la BD. Aujourd'hui, c'est son talent qui fixe les prix, pas le marché.