Gotlib, le père de Gai-Luron et de Superdupont, est mort

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 12H19, publié le 04/12/2016 à 16H21
Gotlib en 2005 à son domicile au Vesinet

Gotlib en 2005 à son domicile au Vesinet

© FRANCOIS GUILLOT / AFP

Gotlib, l'auteur de BD, père de Gai Luron, est mort dimanche à l'âge de 82 ans, a annoncé la famille à son éditeur Dargaud.

"La famille de Marcel Gotlib vient de nous apprendre le décès ce jour de Gotlib", a indiqué Dargaud qui fait part de son "immense tristesse". "Les millions de lecteurs ayant appris à rire dans les pages de la "Rubrique à brac", des "Dingodossiers" ou de "Gai Luron" perdent un humoriste fascinant, un dessinateur virtuose, un touche à tout iconoclaste et un ami cher qui parvenait à provoquer le rire à la moindre de ses pages", a ajouté l'éditeur.


"Marcel Gotlib était un génie, un maître, un ami, et c'est bien la première fois qu'il ne nous fait pas rire"

Les éditions Dargaud

"Je disposais toujours de surfaces bien propres pour recommencer à tout dégueulasser."

Marcel Gotlib est l'un des auteurs majeurs de la bande dessinée franco-belge. Il était à la fois dessinateur et scénariste. Il avait lancé le journal "L'Echo des Savanes" en 1972 avec Claire Bretécher et Mandryka, puis lancer son propre journal, "Fluide Glacial", en 1975. Il a inventé les personnages de "Superdupont" et Gai-Luron. Il avait obtenu en 1991 le Grand Prix d'Angoulême.
Gotlib par lui-même © Gotlib
Gotlib est né à Paris en 1934, de parents juifs hongrois. Son père a été assassiné dans le camp de Buchenwald en février 1945. Dès l'enfance il dessine sur les murs de l'appartement familial, que le père, peintre en bâtiment, repeint chaque semaine, raconte la biographie de l'éditeur. "Chaque dimanche, mes gravures rupestres disparaissaient comme par magie. Je disposais toujours de surfaces bien propres pour recommencer à tout dégueulasser."

Rappel en images du prince de l'humour satirique. 
Reportage : S. Jouve / C. Diebold / 


Gotlib commence comme comptable à l'office pharmaceutique le jour, et étudie les beaux arts le soir. Il fait aussi un peu de théâtre, comme comédien, avant de se lancer vraiment dans le dessin. Au début des années 60, il décroche un première collaboration avec "Vaillant", pour qui il publie chaque semaine une page de "Nanar et Jujube", qui voit naître Gai-Luron. La série sera ensuite publiée dans ‘Pif Gadget' jusqu'en 1971.

Pilote, L'écho des savanes, Fluide Glacial

En 1965, il frappe aux portes de Pilote, où Goscinny lui demande de travailler sur les "Dingodossiers". Puis il crée la Rubrique-à-Brac" en 1968. En 1971, il publie "Hamster jovial" dans ‘Rock and Folk', une parodie du scoutisme. En 1972, il crée la série "Superdupont", une série qui met en scène un super héros franchouillard. Le succès de la série est immédiat. La même année il lance avec Bretécher et Mandryka, "L'écho des Savanes". En 1976, il fonde le mensuel Fluide Glacial, dans lequel il crée "Pervere pépère", avant de laisser peu à peu le dessin au profit de la rédaction des éditoriaux du journal. 

Gotlib traitait tous les sujets, y compris Dieu ou le sexe, avec une totale liberté. Il est en cela l'un des inspirateurs de toute une génération de dessinateurs, notamment de Charlie Hebdo. 

Gotlib et le cinéma

Gotlib a aussi collaboré à de nombreux films au cinéma, comme scénariste ou comme comédien. On a pu le voir en 1973 dans le rôle d'un gardien de prison dans "L'An 01", de Jacques Doillon, Gébé, Alain Resnais et Jean Rouch, en 1974 dans "Les Doigts dans la tête", de Jacques Doillon, et en 1986 dans "Je hais les acteurs", de Gérard Krawczyk et en 2003 dans "Les Clés de bagnole", de Laurent Baffie. En 1976, il cosigne avec Patrice Leconte "Les Vécés étaient fermés de l'intérieur", avec Coluche et Jean Rochefort.

Gotlib est fait chevalier des Arts et des Lettres en 1975, puis chevalier de la Légion d'honneur en 2000. En 1991, il est intronisé Grand Prix d'Angoulême, et une exposition lui est consacrée l'année suivante, "EuroGotlibLand". Il reçoit le prix Raymond-Poïvet, toujours à Angoulême, en 2001 et le grand prix Saint-Michel en 2007.

Il a publié en 1993 "J'existe, je me suis rencontré" (Flammarion), un roman autobiographique dans lequel il raconte sa vie d'enfant juif pendant l'Occupation. Plus récemment, ses oeuvres cultes ont été réunies en intégrales : "Rubrique-à-Brac" (2002), "Cinémastock" (2005) et "Les Dingodossiers" (2005), chez Dargaud ; "Nanar, Jujube et Piette" (2006), chez Glénat.

En 2015, Superdupont avait fêté son retour aux éditions Dargaud, avec Gotlib, François Boucq et Karim Belkrouf au scénario, et François Boucq au dessin.

Réactions nombreuses à la mort de Gotlib

"Gotlib a marqué des générations de lecteurs et de dessinateurs par son trait virtuose et son humour loufoque et corrosif", a souligné la ministre de la Culture Audrey Azoulay dans un communiqué.
Sur la toile les hommages se sont multiplier pour rendre hommage à Gotlib.