Marion Montaigne et Camille Benyamina, deux femmes au Festival d'Angoulême

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/02/2014 à 09H25, publié le 31/01/2014 à 18H31
Marion Montaigne et Camille Benyamina © Vanessa Fize

Aujourd'hui un auteur de bande-dessinée sur six est une femme. Nul doute que cette proportion va augmenter. En attendant, accordons une place d'honneur à deux d'entre elles, présentes à Angoulême : Marion Montaigne et Camille Benyamina. Elles ne sont pas en compétition, mais représentent l'avenir !

A Angoulême, seules deux femmes ont obtenu le Grand prix par le passé, Claire Brétecher et Florence Cestac, et cette année seule Marjane Satrapi figurait sur la liste des 25 nominés. Mais ne vous fiez pas pas aux apparences, la relève est là !

Marion Montaigne, ou la vulgarisation dans la bonne humeur

Marion Montaigne a débuté dans l'illustration jeunesse avant de se lancer dans la réalisation de ses propres bandes-dessinées. Elle présente à Angoulême son nouvel album, "Riche, pourquoi pas toi" (chez Dargaud). Dans cet ouvrage, elle enquête sur le monde des bien nantis en suivant un couple de sociologues, Michel et Monique Pinçon-Charles, des spécialistes de la question. Comme dans "Tu mourras moins bête" (deux tomes, édités en 2011 et 2012 chez Ankama, et un blog), il s'agit de vulgariser avec humour des faits étudiés très sérieusement.

Pour ce faire, la jeune femme a suivi les deux chercheurs, est allée à la rencontre de riches, de gagnants du loto, de "clés d'or" dans les grands palaces... Elle a cherché à connaître ceux qui n'ont pas de soucis matériels, et de comprendre l'embarras de ceux qui rentrent dans leur monde par hasard, à la faveur d'une loterie. Pas si facile, quand on vient d'un milieu différent, sans codes. Et tout cela révèle le cloisonnement des classes dans une société libérale.
Extrait de "Riche, pourquoi pas toi"

© Marion Montaigne / Dargaud
Mais pourquoi s'atteler à des sujets de société complexes, à des faits scientifiques, dans la BD ? Pour Marion Montaigne, son public, les jeunes adultes, est comme elle. "Il faut prendre par la main le lecteur, l'encourager. Aujourd'hui, il se désintéresse de la politique, a la flemme de se documenter, alors je m'adresse a lui, dit elle. Ca peut être cool d'apprendre des choses, ce n'est pas forcément barbant. Je veux faire comme les livres de vulgarisation américains, qui sont très imagés, et sans condescendance envers le lecteur".

Et d'évoquer le casse-tête permanent des chercheurs, des physiciens. "Plus on vulgarise, moins on est exact, or, les scientifiques sont en permanence dans des définitions précises. Moi, je n'ai pas peur de mettre des yeux et une jupe à une cellule, et de figurer sa paroi par une peau". Alors la dessinatrice lit beaucoup, tout ce qui lui passe entre les mains, et elle illustre les propos, sans tabous ni complexes.
Une planche de l'album de Marion Montaigne

© Marion Montaigne / Dargaud
Les femmes dans la bande-dessinée ? Le sujet embarrase un peu Marion Montaigne, elle ne se pose pas la question de sa profession en question de genre. Pour autant, elle estime que c'est aux illustratrices d'y aller, d'oser, de s'imposer. "Ce sont souvent les femmes elles-mêmes qui se posent des limites, qui ne vont pas dans les milieux à majorité masculine. Mais ça va forcément changer", dit-elle. Ce dont elle ne veut surtout pas, c'est des prix spécifiquement décernés aux femmes. "C'est comme de proposer aux femmes de nager dans le petit bassin, pas question de faire comme s'il s'agissait d'un "handisport", on est capables de se défendre". Et la jeune femme sait de quoi elle parle, elle qui a pratiqué l'escrime et la boxe française.

Camille Benyamina, premier album et un style déjà affirmé

Tout juste sortie de sa formation de dessinatrice de bande-dessinée, la jeune femme s'est vue proposer par le scénariste Eddy Simon, séduit par son style, l'histoire d'un des plus célèbre faits-divers des années 30 : celle de Violette Nozière. Issue d'un milieu populaire, elle rêvait d'une autre existence. Mais, rétive au travail comme aux études, elle préféra la vie facile. Prostitution, fêtes, mensonges à répétition et vol de ses propres parents, elle finit par aller jusqu'à l'impensable, le parenticide. 

La jeune artiste est emballée par le projet, l'éditeur signe. Elle développe les décors des années trente, fait ce qu'elle préfère, travailler les jeux de regards, les attitudes. Elle fait de son personnage une toute jeune femme à la fois sombre, joyeuse, et séduisante. Deux ans après le début du projet, Camille Benyamina est heureuse de présenter l'ouvrage à Angoulême, surprise d'être choyée, un peu timide, et prête à de nouveaux projets.
Extrait de "Violette Nozière"

© Camille Benyamina / Casterman


Camille Benyamina n'est pas passée comme d'autres illustratrice par un blog, ne s'est pas laissée enfermer dans un style ou un genre "girly", n'a pas opté comme beaucoup de femmes pour l'illustration jeunesse. Elle représente la relève, qui n'a rien à envier aux hommes, mais qui a su développer un style propre, féminin, tout en velouté.

Pour elle, il y a de plus en plus de lectrices, et tout naturellement les femmes qui font de la bande-dessinée ont d'autres choses à leur proposer, ainsi qu'aux hommes. D'ailleurs, dans son école comme dans d'autres, il y a aujourd'hui une réelle parité qui assure un nouvel avenir au neuvième art...


Riche, pourquoi pas toi, de Marion Montaigne, est édité chez Casterman.

Couverture de "Riche, pourquoi pas toi ?

© Marion Montaigne / Dargaud


"Violette Nozière, vilaine chérie", de Camille Benyamina et Eddy Simon est édité chez Dargaud. 

Couverture de "Violette Nozière, vilaine chérie"

© Camille Benyamina / Casterman