Fabien Nury à Angoulême : un scénariste tout-terrain invité en star

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/01/2015 à 14H04, publié le 29/01/2015 à 13H48
Portrait du scénariste de BD Fabien Nury

Portrait du scénariste de BD Fabien Nury

© BERTRAND GUAY / AFP

Avant lui, seuls Goscinny et trois autres scénaristes avaient eu les honneurs d'une exposition au Festival de la BD d'Angoulême: Fabien Nury, formidable raconteur d'histoires, est "heureux de pouvoir inviter le public en cuisine, dans les coulisses" de ses albums, lors de cette 42e édition

"Ecrire sur les récentes tragédies à Paris, certains s'y colleront, moi il me faut plus de distance", dit à l'AFP ce scénariste tout-terrain de 38 ans, l'un des plus en vue de sa génération. Il est l'auteur d'une quarantaine d'albums (2 millions d'exemplaires vendus), dont le best-seller "Il était une fois en France", Prix de la meilleure série au Festival d'Angoulême 2011.

"Il est grand temps de faire preuve d'islamophilie pour bannir les fanatiques", ajoute l'auteur, dont l'album "L'Or et le Sang, tome 4: Khalil" (Glénat) est en compétition officielle au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, de jeudi à dimanche.
Couverture du tome 4 de  "l'or et le sang"

Couverture du tome 4 de  "l'or et le sang"

© Glénat
"Pourquoi croit-on toujours que les musulmans n'ont aucun humour?

L'histoire se situe au temps du Maroc colonial, quand la France et l'Espagne se liguent pour écraser la République du Rif. "Entre celui qui se moque du Prophète et celui qui tue des innocents, lequel fait le plus de mal au Prophète?", s'exclame-t-il. "Je suis content d'avoir parlé dans cet album d'une guerre qui n'oppose pas les musulmans". Ahmed, l'un des personnages, lance: "Pourquoi croit-on toujours que les musulmans n'ont aucun humour?". L'un des héros de la série, l'aristocrate français Calixte, converti à l'Islam, est devenu, lui, un chef de guerre, rebaptisé "Khalil al Islami".

Dans l'exposition qui lui est dédiée à Angoulême, "on a voulu inviter le public en cuisine, lui montrer les coulisses, les étapes de la création, scénario, dialogues, story-board, découpage, mise en couleur... Comment tout ça s'assemble entre texte et dessin", explique Fabien Nury, mince silhouette et barbiche soignée.
Extrait d'une planche  de "L'Or et le sang" co-écrit écrit avec Maurin Defrance. Dessins : Fabien Bedouel et Merwan

Extrait d'une planche  de "L'Or et le sang" co-écrit écrit avec Maurin Defrance. Dessins : Fabien Bedouel et Merwan

© Glénat
"Les héros positifs m'ennuient"

"Les interactions avec les dessinateurs peuvent être très intenses. D'autres n'ont pas envie que j'influe trop sur leur travail". On peut voir se succéder dans l'exposition, au fil de ses albums, les somptueuses planches de Sylvain Vallée avec lequel il a collaboré pour "Il était une fois en France", de Brüno ("Atar Gull" et "Tyler Cross"), de Christian Rossi (W.E.S.T.), de Pierre Alary ("Silas Corey"), de Merwan et Fabien Bedouel ("L'Or et le Sang"), d'Eric Henninot ("Fils du soleil") et de Richard Guérineau ("XIII Mystery").

Fabien Nury dévoile aussi ses sources d'inspiration, passionné par le roman noir, le cinéma, adepte des anti-héros sombres et ambigus, comme le Joseph Joanovici d'"Il était une fois en France", juif, résistant, gangster et millionnaire sous l'Occupation. "Faire un tour dans la bibliothèque et la cinémathèque d'un auteur, c'est important". "Les héros positifs m'ennuient, comme m'ont ennuyé mes études de commerce!", s'amuse-t-il. Ainsi, le gangster "Tyler Cross" (prix du meilleur album Fnac 2014 et du Point 2013), ressemble aux "bad guys" incarnés à l'écran par Jack Palance ou Lee Marvin.
Couverture de "Tyler Cross". Desins signés Brunö

Couverture de "Tyler Cross". Desins signés Brunö

© Dargaud
 "Le barème de la violence, c'est la réalité"

"Ce qui crée la différence entre toutes ces BD, c'est le niveau de réalisme. Un mort dans "Il était une fois en France", histoire vraie romancée, fait plus de mal que dix morts dans "Tyler Cross". Le barème de la violence, c'est la réalité", ajoute l'auteur qui se documente beaucoup pour bâtir ses intrigues. "Parfois, la violence fait très mal, même si les personnages sont inventés, comme dans "Atar Gull" (Dargaud), fresque flamboyante sur l'esclavage à l'époque du commerce triangulaire.

Scénariste du film "Les Brigades du Tigre" en 2006 et du téléfilm "Pour toi, j'ai tué" en 2012, il avoue: "Avant ça, j'essayais de faire du cinéma sur papier. Depuis, je pense être devenu un meilleur scénariste de BD. Ca m'a permis de mieux différencier les deux médias". Ses projets? "J'ai plusieurs albums en cours" dont le 2e tome de "Mort au tsar" et "Comment faire fortune en juin 40", l'une de ses époques de prédilection, "avec cette fois un esprit à la Verneuil mâtiné d'Audiard".


Festival International de la bande dessinée d'Angoulême
du 29 janvier au 1er février 2015