Entre réalisme et humour, l'identité juive dans la BD

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 09/01/2012 à 15H59
Une exposition itinérante présente le regard des dessinateurs de BD sur la culture juive.

Une exposition itinérante présente le regard des dessinateurs de BD sur la culture juive.

© FSJU

Une exposition inédite est à découvrir jusqu'au 11 janvier 2012 au Centre culturel André Neher à Nantes. Elle esquisse les liens entre identité juive et bande dessinée. On y retrouve, présentée de manière ludique, la production d'auteurs juifs, mais aussi les oeuvres de toute une série de dessinateurs qui parlent de judéité, pour certains avec précision historique, pour d'autres avec humour ou dérision.

Que peuvent bien avoir en commun "Superman", "Astérix" ou "Le Chat du Rabbin"? Ces bandes dessinées ont toutes un point de vue qui leur est propre sur l'identité juive ou plutôt les identités juives tant elles peuvent prendre des formes multiples. C'est ce que l'on constate dans cette exposition. Personnages principaux ou secondaires, les juifs sont de toutes les aventures, historiques, épiques ou drôlatiques. Dans "Le Chat du Rabbin", Joann Sfar en donne une illustration emblématique avec son matou doué de parole. S'adressant pour la première fois à son maître qui est rabbin, il l'interroge : "Est-ce que moi, je suis juif?" La réponse sera positive et déclenchera une comédie humaniste autour de la culture, des traditions et de la religion juive.

Le Chat du rabbin, le film.

Le Chat du rabbin, le film.

© Joann Sfar et Antoine Delesvaux

A sa manière, Superman puise aussi dans la culture juive. Dans les années 30, Jerry Siegel et Joe Shuster ont inventé une icône qui fait figure de métaphore de l'intégration de l'immigrant juif américain. Le héros n'est pas juif, mais on relève certains indices comme la référence au golem, une créature d'argile façonnée par un rabbin pour protéger les juifs de Prague, ou encore le fait que ses parents portent des noms hébreux.
Autre manière d'aborder les identités juives : la narration mémorielle. Son plus illustre représentant est sans nul doute Art Spiegelmann. Figure de proue de la BD underground américaine des années 70 et 80. De 1981 à 1991, il publie "Maus", une oeuvre monumentale qui traite de la persécution des juifs dans les années 30 et 40 et de ses relations avec son père. Un témoignage qui lui a valu le Prix Pulitzer en 1992.

Art Spiegelman a reçu pour Maus, le prix Pulitzer en 1992.

Art Spiegelman a reçu pour Maus, le prix Pulitzer en 1992.

© Flammarion

Aujourd'hui encore, la question de l'identité juive inspire les artistes de BD. On peut citer deux publications récentes : "Nous n'irons pas voir Auschwitz" (Editions Cambourakis). Son auteur Jérémie Dres part avec son frère à la recherche de leurs origines en Pologne à la rencontre de la communauté juive. Dans "Chroniques de Jérusalem" (Editions Delcourt), le Canadien Guy Delisle livre ses observations inattendues après un an passé en Israël au coeur des trois religions monothéïstes.

Extrait d'une planche des "Chroniques de Jérusalem."

Extrait d'une planche des "Chroniques de Jérusalem."

© Editions Delcourt


L'exposition a été conçue par le Fonds Social Juif Unifié (FSJU) dans le cadre d'un projet de "caravane culturelle" qui apporte ainsi aux centres culturels régionaux, un support iconographique clé en main. Elle sera présentée à travers toute la France jusqu'au 30 juin 2012.
A noter également sur ce même thème, que le Mémorial de la Shoah à Paris présente jusqu'au 4 mars 2012, "Mus / Mouse / Maus", des oeuvres dérivées de "Maus". 26 artistes suédois ont réinterprété le roman d'Art Spiegelman en reprenant les souris, les chats et les lapins qui parcourent son récit.