Décès de l'auteur culte de mangas japonais Shigeru Mizuki

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/11/2015 à 16H01, publié le 30/11/2015 à 15H50
Shigeru Mizuki à Tokyo en mai 2012 avec son personnage Kitaro.

Shigeru Mizuki à Tokyo en mai 2012 avec son personnage Kitaro.

© Yoshikazu Tsuno / AFP

Légende du manga japonais, le dessinateur Shigeru Mizuki est mort d'une crise cardiaque lundi matin. Il avait 93 ans. Connu pour ses fantômes et monstres inspirés du folklore et ses récits des horreurs de la Seconde guerre mondiale, Mizuki avait été primé au festival d'Angoulême en 2007.

Des mangas oniriques peuplés de monstres

Né dans la préfecture de Tottori dans l'ouest du Japon, ce mangaka révéré avait commencé sa carrière d'auteur de bandes dessinées après le second conflit mondial, au cours duquel il avait perdu le bras gauche dans un bombardement américain.

M. Mizuki était populaire depuis des décennies, avec notamment "GeGeGe no Kitaro" qui décrit les luttes du monstre héros Kitaro contre des esprits et fantômes rivaux.

Pacifiste, il a vécu la guerre et l'a dessinée

Ses travaux ont aussi décrit les horreurs de la guerre en s'inspirant de ses souvenirs du front en Nouvelle-Bretagne, à présent partie de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, et de la cruauté des officiers envers les soldats.

"Les soldats japonais n'étaient pas considérés comme des humains. Ils étaient moins bien traités que les chevaux", enrageait-il dans une interview accordée cet été à l'AFP. "Quand je déssine des chroniques de guerre, une colère indescriptible me saisit. Ce sont peut-être les âmes des soldats morts qui me mettent dans un tel état", confiait Mizuki.

"Qui que ce soit, ennemi ou ami, la guerre rend les hommes horribles. Si on en savait l'horreur, on refuserait de la faire, elle n'engendre rien de bon", plaidait le mangaka, partisan de la Constitution pacifiste qui interdit au Japon de partir en guerre, remise en cause récemment par le Premier ministre nationaliste Shinzo Abe.
"NonNonBâ" de Shigeru Mizuki, prix du Meilleur album à Angoulême en 2007.

"NonNonBâ" de Shigeru Mizuki, prix du Meilleur album à Angoulême en 2007.

© Editions Cornelius

Très connu au Japon et primé à Angoulême

Un musée lui est dédié depuis 2003 à Sakaiminato dans la préfecture de Tottori et les résidents de la ville ont baptisé "Mizuki Shigeru Road" le quartier commerçant. Plus de 100 statues des ses personnages y sont exposées et les touristes et fans de tout le pays s'y pressent.

Shigeru Mizuki avait reçu en 2007 le prix du meilleur album au Festival de la bande dessinée d'Angoulême pour "NonNonBâ" (éditions Cornélius), le manga qui l'a fait connaître en France et qui raconte son enfance dans une petite ville côtière japonaise. En 2009, Mizuki avait reçu le prix Essentiel Patrimoine.

Shigeru Mizuki, ou Shigeru Mura de son vrai nom, avait été hospitalisé début novembre à Tokyo. Il avait été opéré mais est décédé lundi matin à l'hôpital d'une défaillance de plusieurs organes, a précisé son bureau sur son site internet.