Clément Oubrerie dessine Pablo Picasso : Interview et dédicaces

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 26/03/2012 à 11H12
Clément Oubrerie

Clément Oubrerie

© Dargaud

Clément Oubrerie et Julie Birmant proposent de découvrir la vie de Pablo Picasso dans le Paris des années 1900 dans une nouvelle bande-dessinée en quatre tomes. Le premier épisode raconte l'arrivée du peintre dans la capitale française, son amitié avec le collectionneur Max Jacob, et son amour naissant avec le modèle Fernande. Notre coup de coeur méritait une rencontre avec le dessinateur, et une séance de dédicace filmée !

 

Pablo, Clément Oubrerie

Pablo, Clément Oubrerie

© Clément Oubrerie / Dargaud

 

Culturebox : Comment est né ce nouveau projet ?

 

Clément Oubrerie : Julie Birmant est venue me voir avec un roman qu'elle avait écrit sur la relation entre le modèle Fernande et Picasso. L'idée était de raconter la jeunesse et la genèse de l'art du peintre. Nous voulions narrer comment il était arrivé à Paris, à 19 ans, pour l'Exposition Universelle, les rencontres qu'il a fait, et comment ça l'avait influencé, comment il était devenu cet artiste incontournable. C'est l'histoire cachée de Picasso, l'histoire qu'il a longtemps cherché à dissimuler. Il a empêché Fernande Olivier de raconter leur jeunesse et leur amour, il l'a payée pour l'éviter. C'était quelqu'un qui était très conscient de son image, qui a toujours cherché à la contrôler. 

 

Culturebox : Que ressent-on, en tant qu'artiste, quand on illustre la vie d'un peintre aussi célèbre ?

 

Clément Oubrerie : Il ne faut pas se mettre en concurrence avec lui. Ce n'est pas le même medium, même s'il s'agit aussi d'arts plastiques. Dans mon cas il ne s'agit pas de "faire de l'art" à partir de la vie de Picasso, mais de la raconter. Il faut se mettre dans l'esprit, en utilisant par exemple de grands formats, pour avoir un dessin physique, avec de la gestuelle. J'ai aussi utilisé le fusain, le charbon, des outils qu'on utilise dans des académies de peinture pour faire du croquis. Par contre, pour moi, une bonne bande dessinée doit être lisible, le but du dessin est d'accompagner l'histoire et de l'enrichir. Il ne s'agit pas de faire quelque chose de complètement abscons et libre artistiquement. On est libre à l'intérieur des contraintes de la bande dessinée.

 

Pablo, Clément Oubrerie

Pablo, Clément Oubrerie

© Clément Oubrerie / Dargaud

 

Comment avez-vous reconstitué l'époque ?

 

Clément Oubrerie : Sur internet, on trouve toujours un peu les mêmes photos, il y en a peu. Beaucoup d'ouvrages ont été publiés, pas forcément sur Picasso, mais sur la "bohème", sur  d'autres peintres. Les peintures elles-mêmes sont une ressource documentaire exceptionnelle. Fernande était modèle pour de très nombreux artistes, qui l'on peinte du style pompier au plus moderne.  Nous nous sommes aussi amusés  à mener de véritables enquêtes, pour trouver des choses très précises. Par exemple, nous cherchions la voiture du Clown Grocq, puisque Picasso va le rencontrer, et devenir son idole. Le véhicule en question s'appelait la Grégoire, et il a fallut retrouver sa trace. Finalement, nous sommes tombés sur un collectionneur qui nous a fait des photos sous tous les angles !

 

Culturebox : D'après-vous, quel a été l'élément le plus fondateur de l'oeuvre de Picasso à cette période ? 

 

Clément Oubrerie : L'acte fondateur de son art, de sa carrière, semble être le suicide de son meilleur ami, que l'on raconte dans ce premier tome.  A ce moment, Picasso était très habile, mais il faisait de la peinture un peu mondaine. Elle restait très classique. Il prit alors conscience qu'il voulait aller plus  loin, regarder à l'intérieur des êtres. Il prit alors une direction qui était totalement originale à l'époque. Il peignait des choses dont personne ne voulait.  Il traversa alors une période assez difficile, mais il avait un caractère très fort. Il persista, et finalement il trouva son chemin.  

 

Aya, Clément Oubrerie

Aya, Clément Oubrerie

© Clément Oubrerie

 

Culturebox : Vous avez connu un immense succès en dessinant la série "Aya de Yopougon", avec la scénariste Marguerite Abouet. Il est facile de repartir sur autre chose ?

 

Clément Oubrerie : C'était assez étonnant, parce que n'avions jamais vraiment cherché à rencontrer le succès.  Nous avons fait ce projet par plaisir, et c'est aussi pour ça qu'on s'arrête maintenant, après 7 tomes. Nous avons un peu fait le tour de la question, et c'est vrai que c'est bien de passer à autre chose. D'autant plus qu'il y a le film "Aya de Yopougon", qui va sortir pendant l'été, ou à la rentrée au plus tard. Maintenant, j'ai envie d'essayer de  vivre de nouvelles expériences, et d'aborder  d'autres thèmes. Marguerite le fait aussi de son côté, elle a plusieurs séries en cours. Pour ma part, je suis le co-réalisateur et producteur du film sur Aya, et je fais une nouvelle série avec Joan Sfar qui s'appellera Django Renard.  Elle sortira en octobre.