BD. Promotion Arts et Lettres : quatre auteures refusent, Riad Sattouf accepte

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 03/02/2016 à 11H03, publié le 02/02/2016 à 18H32
La dessinatrice Julie Maroh au festival d'Angoulême en 2011

La dessinatrice Julie Maroh au festival d'Angoulême en 2011

© JEAN-BAPTISTE QUENTIN / MAXPPP

Une promotion exceptionnelle des Arts et Lettres pour la BD, la ministre Fleur Pellerin l'avait annoncé lors de l'inauguration du Festival d'Angoulême. La nouvelle a été diversement accueillie. Quatre auteures ont déjà annoncé qu'elles refusaient cette distinction tandis que Riad Sattouf l'acceptera.

Julie Maroh, Chloé Cruchaudet, Aurélie Neyret, Mathilde Arnault dite Tanxxx, Marguerite Abouet, Christophe Blain, Mathieu Sapin et Riad Sattouf, "huit créateurs et figures du secteur" élevés au rang de chevaliers des Arts et des Lettres" et  l’éditeur Jacques Glénat élevé au rang d'officier. La ministre Fleur Pellerin avait annoncé cette promotion exceptionnelle lors de l'inauguration du Festival d'Angoulême afin de récompenser des "symboles du talent français, de l’expression créative dans l’art de la bande dessinée, ces auteurs, scénaristes, dessinateurs, chacun créateur d'un univers et d'une esthétique singulière, incarnent une bande dessinée engagée, en prise avec le quotidien, exprimant les inquiétudes et les enthousiasmes de leurs auteurs et de leur époque".

"J’ai trop les pieds dans la merde pour être éblouie par du fer-blanc"

"Me voilà bombardée chevalier des arts et des lettres", souligne TanXXX sur son site, la première des auteurs de la liste à réagir, d'abord choquée par la manière :

Je n’ai eu aucune annonce officielle de la chose, tiens prends donc ça et démerde toi. C’est pas la politesse qui les étouffe, dans les hautes sphères."

Avant de poursuivre :

Mon engagement est celui des prolos. Et ma culture est aussi celle des prolos, loin des salons feutrés, des cocktails à la con et des titres honorifiques, de l’état et de ses singeries. (...) J’ai trop de respect pour l’engagement, trop d’amour pour la culture qui me tient debout, et j’ai trop les pieds dans la merde pour être éblouie par du fer-blanc. Chevalier mon cul, que crève l’état et son ministère."

Julie Maroh, l'auteur de "Le bleu est une couleur chaude", a elle aussi annoncé sur son site pourquoi elle refuserait de devenir "chevalier"

Les auteurs et les autrices de bande dessinée ne veulent pas de médaille en chocolat de la part du gouvernement, nous voulons du dialogue et des mesures concrètes. Alors que la plupart d’entre nous étouffent dans un métier précaire voire sous le seuil de pauvreté."

" Les femmes et les hommes dans la BD ont besoin de mesures concrètes"

Aurélie Neyret n'en pense pas moins, et l'a aussi exprimé sur son compte Facebook. "Je ne suis pas dupe, je sais que ce n’est pas de mon travail dont il est question ici, mais simplement de récupération politique"

Au lendemain de la révélation de l'étude menée par les Etats Généraux de la BD, qui montre que plus d'un auteur sur deux n'arrive pas à vivre de son métier, que la moitié des femmes auteures de BD vit en dessous du seuil de pauvreté, que le RAAP nous a imposé une réforme qui finira de saigner à blanc la profession, la réponse du Ministère est de nous donner -non pardon de nous vendre- des médailles ?
J'espère vraiment que ça n'est pas là leur seule réponse, les femmes et les hommes dans la Bande Dessinée ont besoin de mesures concrètes, pas de poudre aux yeux !"

Chloé Cruchaudet, également visée par la promotion, a également fait savoir via son compte Facebook qu'elle refusait la médaille, note le site spécialisé Actuealitte.com

Pour clore cette histoire qui m'a fait rire un court instant (le temps de me dire que ça va faire bien plaisir à mon pépé, qu'on va bien rigoler si je peux inviter plein de pique-assiettes-copains à boire des coupettes au ministère), au final... Je ne veux plus en entendre parler, et je souhaite être retirée de cette liste"

"En cette période où l'État républicain est attaqué et fragilisé de toutes parts, moi, j'ai plutôt envie de lui dire merci"

Riad Sattouf, quant à lui ne boude pas. Il l'a annoncé sur son compte Facebook : il accepte avec plaisir d'être élevé au rang de chevalier des Arts et des Lettres. L'auteur de "L'arabe du futur" dit se sentir reconnaissant et ajoute qu'il profitera de cette occasion pour "exiger des réponses claires" de la part de la ministre, à qui il compte parler directement de la réforme du RAAP et de l'apauvrissement des auteurs.

Bonjour ! J'ai appris récemment que je m'étais vu décerner la médaille de chevalier des arts et des lettres. On me...

Posté par Riad Sattouf sur mardi 2 février 2016



Marguerite Abouet, Christophe Blain et Mathieu Sapin, également distingués, ne se sont pas encore exprimés sur la question.